Faits et crimes allemands reconnus ce 22 août 1914, par Alain ARCQ

Dans la région de Charleroi, beaucoup de témoignages tendent à prouver, de façon malheureusement irréfutable, que les Allemands firent preuve de cruauté, tant envers la population civile qu’envers les militaires français blessés lors des combats.

L’Illustration, célèbre magasine de l’époque servant d’élément de propagande ne se gêne pas pour présenter les faits, de façon exagérée, mais parfois proche de la triste réalité.

L'Illustration

L’Illustration, 29 août 1914 : « Leur façon de faire la guerre ».
Louis Nicolas LEMASLE

Si notre ville n’eut pas à souffrir de granges, maisons ou fermes incendiés, deux habitants perdirent la vie durant la bataille de Leernes.

Près de la limite des communes de Fontaine et d’Anderlues, à proximité du puits n°2 des charbonnages de Fontaine-l’Évêque, quatre soldats français étaient couchés, blessés assez gravement. Léon Gandibleu, n’écoutant que son courage, attela son cheval à la charrette pour conduire ces malheureux vers l’ambulance n°1284 de Fontaine. Des soldats allemands aperçurent le véhicule, s’approchèrent et déchargèrent leurs fusils à bout portant, atteignant cheval, conducteur et blessés se trouvant à bord. Seul survécu le blessé dont l’état avait obligé ses camarades à le coucher au fond du véhicule. Leurs corps lui avaient servi de bouclier. Au soir du 22 août, il fut recueilli par les ambulanciers de la Croix Rouge belge et soigné à l’ambulance. Il devait survivre à cette infamie.

Pour cet acte de courage, Gandibleu Léon Louis Léopold, voiturier, né à Roux le 16 mai 1868 et domicilié à Fontaine-l’Évêque, fut récompensé à titre posthume. « En correction de l’arrêté-loi du dix-sept juillet mil neuf cent dix-huit, l’acte de décès … a été rectifié en ce sens qu’il y a lieu d’ajouter la mention « Mort pour la Belgique ». Fait à Fontaine-l’Évêque, le vingt novembre mil neuf cent vingt-deux ». Cette inscription a été écrite en rouge dans la marge du Registre des Décès, juste à côté de l’acte proprement dit. Cet acte de décès précise qu’il fut tué route de Mons, à « deux heures et demie de relevée », soit à 14h30. Son nom figure sur le monument aux morts. (Archives de l’État Civil de Fontaine-l’Évêque)

Voyons maintenant un témoignage français trouvé dans le « Recueil des crimes de guerre commis par l’Armée allemande, France 1919) ».

« N°170  

DÉPOSITION reçue le 17 novembre 1914 à MIRANDE, par M. LABOULBÈNE, procureur de la République.

FAVEY Émile, 26 ans, soldat au 28e d’infanterie, actuellement en traitement à l’hôpital temporaire n°45 :

Serment prêté.

Le 22 août dernier, le jour où eut lieu la bataille de Lerme (1), en Belgique, lorsque nos troupes se sont repliées, j’ai vu les Allemands achever à coups de baïonnette, de crosse de fusil et même à coups de soulier, les blessés français que nous avions dû abandonner en nous retirant : c’étaient des blessés de mon régiment.

Lecture faite, persiste et signe avec nous. »

(1)   Lire : Leernes-sur-Sambre.

Tirés de l’Histoire de Goutroux, écrite par les grands-parents de notre collègue Lucienne Berghmans, voici deux extraits qui montrent cette sauvagerie, loin de la chevalerie teutonne souvent mise en avant dans les épopées antiques.

« Plus loin, près du « point d’arrêt », Didier Simon qui se rendait chez son fils fut arrêté, lié derrière la mitrailleuse et traîné vers Morgnies. Dans les campagnes de l’« Espinette » où avait lieu une terrible bataille avec l’arrière-garde française, des Français blessés étaient étendus, appelant leur mère et priant. Les Allemands ordonnèrent à D. Simon chaussé de gros sabots, de piétiner les moribonds puis l’emmenèrent à Landelies où ils voulaient le fusiller. Le bourgmestre, en langue allemande, persuada les bourreaux de le relâcher. Didier revint chez lui, blessé à la jambe, par une balle qui avait ricoché. »

« Selon le témoignage d’Adolphe Graboillat, celui-ci et d’autres civils garottés, furent emmenés par Landelies et déployés en bouclier devant les Allemands vers les positions françaises de l’Espinette. De temps en temps, les Allemands se baissaient et tiraient sur les Français. »

Pour ce dernier point, nous ne disposons d’aucun témoignage français. Le fait reste possible car c’est exactement ce qui s’était passé chaussée de Bruxelles à Lodelinsart lorsque les Allemands avaient fait leur avance sur Charleroi ? obligeant les Français à quitter leurs positions de « La Planche » pour ne pas devoir tirer sur des civils belges.

Un journal dont malheureusement nous ne disposons que de l’article qui nous intéresse précise quelques faits dont l’histoire des otages. Dans son éditorial du 24 août, ce journal raconte : « Un blessé qui essayait de se dissimuler au pied d’une meule, fut achevé par les Allemands ».

Ce même quotidien signale que les Allemands forcèrent des civils à les accompagner afin de servir de couverture aux tirs français: « Catalan de Hameau, Graboltiat de Goutroux, les deux Romain  les deux Ledoux, Stevens, ces derniers de Hameau étaient parmi eux ».

Écoutons à ce sujet le témoignage d’un blessé, le soldat Maurice Levrard. Il fut découvert par un ambulancier belge, adossé à une botte d’avoine, râlant, le pied bandé et l’abdomen ouvert à travers ses vêtements ensanglantés.

« Atteint d’une balle sur le cou de pied droit transpercé et ne pouvant plus me tenir debout, je m’étais adossé à quelques bottes de paille et m’étais déchaussé afin de protéger ma blessure saignante au moyen de mon paquet de pansement. Je vis venir à moi un soldat allemand, petit et trapu, au visage bouleversé de colère, qui dirigea vers moi le canon de son fusil ; je levai mon pied bandé afin de le bien renseigner sur ma qualité de blessé. Instinctivement j’avais tordu mon corps d’un quart de tour ; je ressentis une violente brûlure à la hanche et perdis connaissance. Je ne revins à moi que pour voir le civil belge qui me pansait. La balle de l’Allemand m’avait atteint à l’épine du bassin » (Archives du Service Historique de l’Armée de Terre à Vincennes).

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