Leernes et ses combats de 1794

Leernes et ses combats de 1794

par Alain ARCQ

 

Que s’est-il passé à Leernes en 1794 ? Sur quels terrains se sont-ils rencontrés ?
Qui étaient ces combattants français et coalisés ?
Que de questions restent encore sans réponse.
Pourtant, bien qu’incomplet, c’est à ces dernières que cet article va tenter de répondre.
Mais avant toute chose, il faut planter le décor historique qui servit de toile de fond à l’histoire de notre entité.
Dès avril 1792, la France de la Révolution déclare la guerre à l’Autriche, au « roi de Bohême et de Hongrie ».
Sous le prétexte de lutter contre le despotisme, la nation française cherche à gagner ses frontières naturelles,
constituées par les Alpes et le Rhin.
Le 21 janvier 1793, l’irréparable se produit ! Louis XVI, décapité, va réussir ce qu’il n’a pu faire de son vivant :
mobiliser et coaliser l’Europe contre cette Révolution dans laquelle les monarques redoutent leur fin.
Les avantages acquis par les Français lors de la bataille de Jemappes (6 novembre 1792) sont perdus dans la défaite
de Neerwinden le 18 mars 1793.
La France doit se battre sur son propre territoire, que dis-je, elle doit le défendre contre la coalition formée d’Anglais,
de Hollandais et d’Autrichiens.
Bientôt, la situation se stabilise grâce aux victoires de Hondschoote (3 septembre 1793) et de Wattignies
(16 octobre 1793).
Le Comité de salut public qui n’a aucune confiance en la hiérarchie militaire, décapitée au propre comme au figuré,
ordonne d’envahir le territoire ennemi.
Robespierre, maître absolu, détache ses bras droits aux armées.
L’armée de la Moselle sous le commandement de Jourdan (45.000 hommes), celle des Ardennes sous Charbonnier
(30.000 hommes) et celle du Nord sous Desjardin (anciennement Pichegru, 150.000 hommes) vont entrer
sur notre territoire.
A cinq reprises les Français vont passer la Sambre et quatre fois ils seront forcés de la repasser, parfois en catastrophe
sur certains points.
Lors du premier passage, nos communes virent ce jeune général Marceau fouler le sol de Leernes, Forchies et Fontaine.
Le 14 mai, il ne reste aux révolutionnaires que les positions occupées dès le 10 de ce mois à savoir Lobbes, Leernes
et Thuin.
Ce même jour, Saint-Just, représentant du peuple à l’Armée, ordonne à Charbonnier d’incendier l’abbaye d’Aulne de même que celle de Lobbes.
Ces joyaux de la culture sambrienne disparaissent ainsi sous des volutes de fumée.
Le général Duhesme, le même qui sera blessé mortellement à Waterloo et qui repose à Ways près de Genappe,
nous a laissé quelques souvenirs :
« Ceux qui avaient dicté cet ordre pouvaient, des tours de la ville de Thuin où ils étaient,contempler ces deux incendies,
comme Néron du haut de son palais, celui de Rome ».
Lors du deuxième passage, du 20 au 24 mai, ce sera Kléber que nos communes virent passer.
Mais comme Lefebvre et Marceau, il dut repasser la rivière.
Leernes connut ses propres combats le 26 mai 1794.
Ce furent surtout des charges de cuirassiers et du 16ème de Chasseurs à Cheval républicains qui aidèrent le général Vezu,
soutenu par la division Mayer, à reprendre Leernes.
Nous ne possédons pas d’autres renseignements concernant ces combats.
Le 31 mai, le Comité de salut public donne l’unité de commandement à Desjardin et rappelle Charbonnier à Paris.
Le 3 juin, Jourdan est désigné par les représentants en mission comme général en chef des armées réunies sur la Sambre,
décision ratifiée par le Comité de salut public le 8 juin.
Pichegru reste néanmoins maître des opérations en Belgique !
Quatrième passage.
Dans un rapport(8), le Général Charbonnier, Armée des Ardennes, mentionne l’existence de ponts ci-après :
un pont de pierre à Thuin, un pont de bateaux construit par les Autrichiens à La Maladerie entre Thuin et Lobbes,
un pont de pierre à Lobbes, un autre plus important face à l’abbaye d’Aulnes, un pont de bois avec pont-levis
à La Buissière.
Par contre, dans le rapport de Marceau, nous apprenons l’existence d’un « pont de pontons » entre Landely (sic)
et Monceau.
A ce dernier, nous devons également ajouter celui de Marchienne-au- Pont.
Il existait également au moins deux gués connus, un à Monceau et un à l’endroit de l’actuelle écluse du Grand Courant,
à hauteur du Gibet à Thuin.
Ceci nous donne une idée des points de passage possible sur la Sambre.
Le 4 juin (15 prairial an 2) fut la date de la première bataille en avant de Charleroi.
Les Français voulaient prendre la forteresse et s’assurer ainsi d’un point de passage permanent sur la rivière.
Ce fut le général Marceau qui s’occupa de repousser l’ennemi de la région de Fontaine-l’Evêque et reprit également
Leernes aux impériaux.
Il dut néanmoins repasser la Sambre en laissant la garde des hauteurs boisées qui couronnent l’abbaye d’Aulnes
à deux bataillons du 26e d’Infanterie Légère.
Dans son rapport nous trouvons certains points très intéressants :
« Rapport de Marceau sur les affaires des 14 et 15 prairial an 2. La reconnaissance que j’avais faite n’ayant pu me donner
l’exacte connaissance des desseins de l’ennemi, je résolu de l’attaquer moi-même pour protéger l’aile gauche de l’armée
qu’il canonnait de la manière la plus rigoureuse, je renforçai en conséquence le centre de la 1
ère ligne de cavalerie
d’un bataillon de grenadiers et donnai ordre au général Duhesme de venir me rejoindre des hauteurs de Lhernes (sic)
où il était à Fontaine-l’Evêque pour de là me diriger sur Forchies et Courcelle ; mais des prisonniers et des déserteurs
m’ayant assuré qu’une colonne de 8000 hommes des ennemis se dirigeait sur notre gauche par Anderlues,
je fis rentrer ces bataillons à leurs premières positions sur les hauteurs de Lhernes, tant pour protéger la retraite
de la ligne de cavalerie que pour empêcher l’ennemi de nous tourner ce qui serait arrivé infailliblement et aurait eu
les suites les plus négatives.
L’ennemi fut arrêté cour à Fontaine-l’Evêque et ne put se déployer en sortant de cette ville. … (ordre de retraite
est alors donné par le commandement)…
La 71
ème demi-brigade, 2 régiments de cavalerie, les pièces de campagne et une partie de l’artillerie légère furent dirigés
sur le point indiqué par le chemin de l’abbaye d’Alnes, le reste d’infanterie, artillerie et cavalerie par le chemin de Landely
protégés par 2 bataillons d’infanterie légère postés à la lisière de ce bois.
Une partie de la colonne était déjà engagée dans le défilé et il ne restait qu’un seul bataillon et les piquets de cavalerie
sur le champ de bataille, lorsque je reçus l’ordre ou l’invitation de reprendre ou conserver la position du Moulin à Vent.
Je n’hésitai pas un instant et puissamment secondé par mes frères d’armes, nous fîmes rétrograder une partie
des troupes ; nous attaquâmes l’ennemi, le repoussâmes et reprîmes le village de Leernes dont il s’était emparé
après que nous l’avions évacué.
La 71ème demi-brigade n’avait pu se rendre aussitôt, étant partie la première.
Une colonne ennemie, tant en infanterie qu’en cavalerie venant du château de Monceau, cherchait à nous prendre en flanc
et même à revers, ce qui fit que pour lui opposer des forces, je fus obligé de distraire une partie de celles destinées
à contenir l’ennemi qui était dans Fontaine-l’Evêque. Deux pièces d’artillerie légère, le 3
ème bataillon de grenadiers
et le 6ème
 régiment de chasseurs à cheval, montrèrent dans cette occasion, le plus grand courage ; l’ennemi fut culbuté
et forcé de rentrer dans le bois. »
Pour plus de précisions, nous pourrions dire que le général Duhesme se trouvait sur les hauteurs de Leernes au moment où la retraite fut ordonnée.
La contre-attaque des impériaux, formée d’infanterie et de cavalerie, venant du château de Monceau, Duhesme détacha deux pièces d’artillerie légère, le 3éme Bataillon de Grenadiers et le 6e Chasseurs à Cheval pour les stopper.
Ensuite, comme expliqué plus haut, ce furent deux bataillons de 26e d’Infanterie Légère qui furent chargés de couvrir
la retraite.
Dans les rapports constituants les différents cartons consultés à Vincennes, nous avons également trouvé copie
d’une lettre datée de Landely (sic) le 5 juin 1794 et écrite par le Sergent Major Auvray commandant l’artillerie
du 78ème Régiment d’Infanterie à son père et comprenant ces mots « …avec mes deux pièces de 4 ».
Ceci nous confirme la présence de l’artillerie régimentaire équipée de pièces de 4 livres (poids du boulet).
Nous voici donc au cinquième passage de la Sambre et au combat de Leernes.
Situation au 25 juin.
Bien que l’aménagement de ces lieux ait un peu changé au cours des années, suite au développement des carrières
de Landelies et au site autoroutier du ring R3, on peut encore découvrir les paysages typiques que voyaient les soldats.
En effet, les hauteurs de l’Espinette figurent parmi les plus hautes des environs de Charleroi et, à l’époque
de la Révolution, on pouvait y voir les débouchés de la route reliant Charleroi à Mons.
Le reste de la vue est prodigieux.
De l’Ouest vers l’Est nous pouvons découvrir Anderlues (Calvaire), Piéton, les fermes blanches de la rue Blanche Maison,
Fontaine-l’Evêque, le château de la Marche, Forchies, Goutroux, Roux (côté usine électrique), Gosselies, Jumet
(Quairelle, Bassée, Gohissart, pointe du Chef-Lieu), Lodelinsart, Ransart, Gilly, dans le lointain le château d’eau
du Vieux Campinaire de Fleurus, Charleroi et Couillet (masquées partiellement par un terril), Loverval, Marcinelle,
Marchienne-au-Pont, Mont-sur-Marchienne et enfin Montigny-le-Tilleul, Thuin (dépôt militaire du Gibet) et Lobbes.
La majorité de ces points furent des lieux de combats : le Calvaire d’Anderlues, Fontaine-l’Evêque, Roux, Gosselies, Jumet
(ballon d’observation au dépôt des T.E.C.), Ransart, Fleurus.
En résumé, les Français pouvaient observer les emplacements et les mouvements de leurs troupes et ainsi rester
constamment informés du développement des opérations militaires.
N’oublions pas qu’à cette époque, les unités se déplaçaient et se battaient groupées, drapeaux déployés et surtout,
les couleurs des uniformes se voyaient de loin car elles étaient des signes distinctifs.
Un fait reste une énigme tout en renforçant le paragraphe ci-dessus : que voyait-on du ballon qui s’élevait du lieu-dit
Belle-Vue à Jumet ?
En effet, si la vue est si belle aujourd’hui, on peut imaginer que les observateurs placés dans la nacelle du fameux ballon
étaient à même de voir encore beaucoup d’autres détails.
Je suis persuadé que les fonds du Piéton n’avaient aucun secret pour eux, de même que certains détails du terrain,
cachés aujourd’hui à nos yeux par les reliefs naturels ou artificiels (tours, terrils, etc.).
Si nous revenons à la situation politique et militaire de cette fin juin 1794, nous pouvons dire que les Français ont repris
le siège de la forteresse de Charleroi, de même que la plupart des positions occupées lors du quatrième passage.
Jourdan, général et commandant en chef des forces républicaines, a déployé ses troupes de Leernes à Fleurus
pour assurer la reddition de la place forte carolorégienne.
Le but recherché par les coalisés est contraire : porter secours à la forteresse et la dégager de l’étreinte française.
Le reste consiste à sauver la face et l’honneur car l’empereur d’Autriche a décidé que nos territoires seraient abandonnés
pour lui permettre de concentrer ses troupes vers l’Est où sont ses intérêts premiers.
Ceci n’empêchera nullement les combattants impériaux de faire des prouesses ou du moins, faire preuve de courage
et de ténacité.
Pour mieux comprendre ce qui va se passer sur les terres de Leernes, Forchies et Fontaine, il est intéressant
de tenir compte de la situation générale avant la bataille.

Situation générale et faits particuliers avant la bataille de Fleurus

Jourdan, afin de prévenir la prochaine contre-attaque autrichienne, donne l’ordre à chaque général de division
de faire retrancher sa position et de fortifier les villages en avant du front (5) pour former une ligne de circonvallation.
Du 20 au 25 juin, seules quelques petites attaques françaises auront lieu, afin surtout de donner le change
aux représentants en mission qui veulent absolument de l’action.
Le 24 juin, les Français chassent les Autrichiens de Mariemont.
Le général Poncet, que nous retrouverons plus tard à Leernes, dans une lettre au Comité de salut public, se vante
de ce fait glorieux : « Je fis mettre le feu à ce palais …
Les flammes qui s’élevaient aux cieux semblaient éclairer les habitants de ces contrées sur leur sort futur … et la joie
qu’ils manifestaient, ajoutait au plaisir qu’avait la troupe ».
Pour renforcer sa gauche qu’il sait affaiblie étant donné l’étendue du terrain à défendre, Jourdan a demandé de l’aide
au général Schérer qui lui a détaché la brigade Daurier que Jourdan mit sous les ordres de Kléber.
Ce dernier la plaça à Leernes avec des avant-postes au Calvaire (Anderlues) et à Fontaine-l’Evêque.
Voici le texte trouvé à Vincennes, au Service Historique de l’Armée de Terre, dans le carton B1 34.

« Armée de Sambre-et-Meuse.

A Lernes (sic) le 1er messidor (19 juin 1794) l’an second de la République Française, une et indivisible.
Ordre de l’Etat-Major Général du 1er Messidor an 2.
Pour le Général de Brigade Boyé à Fontaine-l’Evêque
… Le général Kléber est prévenu qu’un corps de six mille hommes tirés de la division du général Schérer et commandé
par le général de brigade Daurier a eu l’ordre de se réunir à l’abbaye de Lobbes et de se porter sur Anderlues.
Ce corps sera sous les ordres du général Kléber et lui servira de réserve tant pour le soutenir dans son attaque
que pour s’opposer aux troupes qui pourraient venir de Merbes-le-Château.
Le général Kléber donnera en conséquence au général Daurier les ordres et les instructions qu’il jugera nécessaires
pour l’exécution de son mouvement.
Le général Chef de l’Etat-Major des armées réunies sur la Sambre
Signé Ernouf »

Ce même jour, 19 juin, Kléber envoi un ordre aux généraux Duhesme et Montaigu pour leur fournir à chacun
« une pièce de 16, pour Montaigu une de 12 et pour Duhesme un obusier de 16. …
Ces généraux enverront des officiers sur la hauteur de Leernes pour chercher ces pièces et les conduire en leur place
de bataille. »
Même les Représentants du Peuple à l’Armée s’en mêlent. En date du 20 juin, daté du Quartier Général
de Marchienne-au-Pont 2 messidor an 2, ils ordonnent dans un Ordre Général : « Ordre de revêtir l’uniforme national
pour ceux qui l’ont déjà reçu ».
Même s’ils font preuve d’autorité, je crains qu’ils n’aient eu guère de succès car un peu plus loin, ils reconnaissent
eux-mêmes n’avoir « que quatre demi-brigades formées »…
Au propre comme au figuré, on devait en voir de toutes les couleurs !
Dispositions générales des troupes françaises pour la bataille du 26 juin :
– L’aile gauche, les divisions Kléber et Montaigu, est postée dans la zone de Landelies, Leernes, Fontaine-l’Evêque,
Trazegnies, Courcelles, Jumet, Monceau et Marchienne. A Jumet, au lieu-dit Belle-Vue (actuel dépôt des T.E.C.)
où se trouve Jourdan avec son état-major, s’élève le ballon « l’Entreprenant ».
Il restera dans l’histoire « l’espion du 8 messidor ». Kléber est à Jumet tandis que Montaigu est sur la gauche.
Il ne faut pas oublier la brigade (division) Daurier que Jourdan a placée à Leernes avec des avant-postes au Calvaire
(Anderlues) et à Fontaine-l’Evêque.
– Le centre, les divisions Morlot, Championnet et Lefèbvre, contrôle la région comprise entre Ransart, Gosselies,
Thiméon, Mellet, Heppignies, Saint-Amand, Fleurus et Lambusart.
– L’aile droite, composée de la division Marceau, occupe Velaine, Keumiée et Wanfercée- Baulet jusqu’à Lambusart.
Ces dispositions vont se prendre à partir du 24 juin.
En effet, à cette date (6 messidor an 2), jour où il quitte Fontaine-l’Evêque pour Jumet, Kléber reçoit cet ordre
du Commandant en Chef Jourdan :
 « … Tu donneras ordre à Daurier de se rendre sur les hauteurs de Lernes (sic), il jettera des troupes dans les bois
à sa droite et à sa gauche et communiquera avec Montaigu… ».
Ceci nous donne entre autre une piste quant à savoir comment et pourquoi Montaigu enverra Poncet au secours
de Daurier.
De plus, dans sa circulaire signée de Fontaine-l’Evêque, Kléber précise encore :
« … pour cela les généraux s’entoureront d’un certain nombre d’officiers et de sous-officiers à cheval pour pouvoir porter
légèrement leur ordre d’une place à l’autre. »
Le 25 juin, Kléber signe un ordre de Jumet où il a son Quartier Général. Dans cet ordre, on peut trouver quelque chose
de très intéressant en ce qui concerne Leernes :
 « … je fais venir ici le petit parc de réserve que nous avions au Roux et avant sur les hauteurs de Lernes (sic) »

Le combat de Leernes en ce 26 juin 1794

L’armée coalisée ou impériale est composée d’Autrichiens, de Hollandais et d’Anglais.
Le prince d’Orange(6) commande 24 bataillons et 32 escadrons (dont 16 bataillons et 18 escadrons hollandais),
22 canons de 12 livres (10 autrichiens et 12 hollandais), 10 obusiers de 7 (6 autrichiens et 4 hollandais)(7).
Il occupe une ligne située au Nord d’Anderlues et passant par Chapelle-lez-Herlaimont.
Sa colonne de droite est placée sous le commandement du prince héréditaire Frédéric d’Orange.
Cette troupe constitue l’extrême droite de l’armée de Cobourg (général en chef impérial lors de la bataille de Fleurus).
La mission de cette colonne sera, le 26 à deux heures du matin : attaquer Courcelles et Forchies, chasser les Français
du bois de Monceau, emporter le camp français de l’Espinette (Leernes) et couper les communications des républicains
à Landelies.
Cette colonne, commandée par le prince Frédéric, se compose de 7 bataillons et de 12 escadrons.
La force de la seconde colonne, commandée par le prince de Waldeck est de 14 bataillons et 18 escadrons.
Elle doit attaquer sur le front Trazegnies – Forchies. L’infanterie légère, 3 bataillons et 2 escadrons, commandés
par le général Riesch, assure la liaison entre les deux premières colonnes et se tient prête à renforcer l’une d’elles
en cas de besoin.
Les soldats qui composent cette colonne sont hollandais et autrichiens.

Côté français, la brigade Daurier(9), composée de près de 6.000 hommes(3), se trouve sur les hauteurs de Leernes,
au Sud-Est de cette localité, sur le plateau qui porte encore aujourd’hui le nom de Espinette.
Elle occupe cette position depuis le 25(4).
Il possède de l’artillerie (force et calibre inconnus) et des unités de cavalerie.
Daurier a fait occuper Fontaine-l’Evêque par son avant-garde.
Comme décrit plus avant, ces troupes constituent l’extrême gauche des armées françaises.
Je dis « armées », car la brigade Daurier a été détachée par le général Schérer (sur ordre du général Ferrand)
qui ne dépend pas de Jourdan.
Dans son rapport daté du 27 juin, le général Kléber parlera des 22 ème et 25 ème régiments de cavalerie et de leurs actions
durant ce combat.
Nous pouvons donc supposer que ces unités de cavalerie étaient attachées à la brigade Daurier.
La mission de Daurier est simple, tenir et protéger les passages de la Sambre à Aulnes, Landelies et Marchienne.
Le parc et les réserves se trouvent de l’autre côté de la Sambre à Montigny-le- Tilleul.
Grâce au renfort de Daurier, qui compense les pertes subies dans la journée du 16, Jourdan dispose maintenant
d’une force allant de 76 à 79.000 hommes en ligne.

Affaires du 26 juin 1794. Bataille de Fleurus

A deux heures du matin, les coalisés se mettent en marche. Débouchant par le Calvaire d’Anderlues, la colonne,
ou plus exactement les deux colonnes, progressent en direction de Wespes et de Fontaine.
Pour cette dernière direction, il est probable que les coalisés utilisèrent l’axe constitué par les actuelles
rues Blanche Maison et du Roton.
On peut supposer que la colonne allant sur Wespes, prit l’axe formé par les rues de la Hutte et de Binche jusqu’à
ce lieu-dit.
Le prince Frédéric d’Orange, général de cavalerie, marche en tête de la colonne de droite composée de 3 bataillons
de Grenadiers autrichiens et de 4 bataillons de Hollandais en première ligne et de 4 bataillons de Grenadiers autrichiens
et de 8 escadrons de Hollandais en seconde ligne.
Cet ensemble forme une colonne de 4040 hommes qui se dirige sur Wespes(7) (Copie du rapport autrichien).
La troupe qui avance sur Fontaine n’a aucun mal à chasser le faible poste français qui occupe la ville mais elle doit bientôt
s’arrêter face aux hauteurs de l’Espinette.
Une vive canonnade, qui durera trois heures, s’engage alors entre les adversaires.
Il est alors entre neuf et dix heures du matin.
Durant ce temps, l’infanterie de la seconde colonne s’empare du château de Wespes et ses tirailleurs pénètrent
dans le bois de Landelies (ou suivant les sources le bois d’Aulnes).
Tout se passe pour le mieux pour les impériaux qui dans cette direction, essayent de prendre les batteries françaises
de flanc.
Mais plus au Nord, cela va mal pour les Français. Vers dix heures, les forces aux ordres de Montaigu doivent se retirer
devant la seconde colonne du prince d’Orange (père).
La retraite s’effectue en direction de Marchienne, en laissant le bois de Monceau à l’Est.
Le général Poncet reçoit alors l’ordre d’aller prêter main forte à Daurier.
« Les Français, effrayés du nombre des assaillants, allaient céder à leurs efforts et abandonner le village qu’ils
défendaient, lorsque, renforcés par une brigade que le général Moutaigu envoyait à leur secours, ils reprirent courage,
et opposèrent une vigoureuse résistance aux autrichiens
. » (source provenant du site internet de la ville de Fleurus)
Poncet, arrivant de la direction de Monceau(2) , se dirige par Hameau vers l’Espinette.
A cette époque, la carrière n’était pas aussi importante qu’aujourd’hui et le déploiement des troupes de chaque côté
du chemin devait être chose aisée.
C’est d’ailleurs ce qu’il fit à hauteur de l’actuel parc à containers de Montigny-le-Tilleul.
La première chose qu’ordonne Poncet est de nettoyer le bois d’Aulnes, tout en appuyant la brigade de Daurier
que les impériaux tentaient de déborder par sa droite.
Les forces françaises sont alors supérieures(3) à celles du prince Frédéric d’Orange sur ce point.
Pourtant, les impériaux croient encore en la puissance de leur artillerie qui, d’un calibre plus important que celui
des révolutionnaires, doit finir par l’emporter.
Le prince d’Orange fait malgré tout exécuter plusieurs charges de front assez vives qui toutes sont repoussées
par la mitraille des pièces, le tir des bataillons et les contre-charges à la baïonnette.
C’est alors que d’Orange fait brusquement charger les troupes qui gardaient les batteries par sa cavalerie.
C’est ici qu’il faut suivre Kléber dans son rapport : « elle avait compté sur le nombre et non sur la bravoure de la nôtre.
Un escadron des 22
ème et 25 ème régiments de cavalerie(1) s’avança à sa rencontre et la força bientôt à une retraite
précipitée ; la mitraille que vomissait nos pièces la convertit en déroute … ».
La partie était gagnée pour les Français.
L’aile gauche de la bataille de Fleurus avait tenu bon et respecté son contrat.
Le prince Frédéric se retirait sur les hauteurs du Calvaire d’Anderlues où il prenait position vers trois heures de l’après-midi
et, vers cinq heures, il se repliait enfin sur Haine-Saint-Paul.
Il ne restait qu’à compter ses morts, soigner les blessés et canaliser les prisonniers vers la Sambre.

 


(1) Dans son rapport, le général Poncet dit qu’il envoya le 2e Régiment de Hussards et le 7e Régiment de Dragons à la poursuite de l’ennemi. Il faut savoir qu’à cette époque, les régiments de cavalerie se reconnaissaient soit par leur numéro de l’arme (Hussards, Chasseurs, etc) ou par le numéro de leur régiment (Cavalerie de Ligne).
(2) On sait que cette brigade, qui faisait partie de la division Montaigu, avait battu en retraite dans la matinée du 26 des environs de Souvret sur Marchienne-au-Pont, en passant entre Fontaine-l’Evêque et la lisière Ouest du bois de Monceaux. Il est probable que ce mouvement de repli s’effectua sur le pont de Rus (Roux), et que Poncet partit des hauteurs à l’Est de ce village, pour venir renforcer la brigade Daurier.
(3) Dans son oeuvre « Histoire critique et militaire des guerres de la Révolution », le Lieutenant- Général de Jomini donne, en 8 de page 135, la composition de la brigade Daurier : 5.904 hommes. Pour la brigade Poncet, aucun chiffre précis n’est donné mais, si l’on considère que la division Montaigu compte trois brigades et 8.358 hommes, on peut en déduire que cette brigade avait un effectif d’environ 2.500 hommes. Les forces françaises devaient aligner près de 8.500 soldats sur le terrain du plateau de Leernes.
(4) Extrait de l’ordre du général en chef au général Kléber du 24 juin 1794. « … Tu donneras ordre à Daurier de se rendre sur les hauteurs de Leernes ; il jettera des troupes dans les bois à sa droite et à sa gauche et communiquera avec Montaigu. »
(5) Nous savons que les Français ont déjà assuré leurs positions de Leernes et de Landelies lors des passages antérieurs en « fortifiant » leurs emplacements. Des traces de retranchements pourraient donc encore être découvertes dans le futur, ou sont malheureusement disparues suite aux nouvelles constructions et aménagements des terrains.
(6) Guillaume Georges Frédéric, prince d’Orange, deuxième fils du dernier stathouder des Provinces- Unies, Guillaume V, est le frère cadet du futur Guillaume Ier, roi des Pays-Bas et donc notre souverain, dès 1815.
(7) S.H.A.T. Carton B1 34.
(8) Rapport en date du 8 mai 1794.
(9) Daurier a un caractère très tenace comme nous le montre cet extrait de l’historique du 18e Régiment d’Infanterie de Ligne : « En 1783, sous le vicomte de Rochambeau, au combat de La Dominique contre les Anglais, le sergent Charles Daurier, du Régiment de Royal-Auvergne, embarqué à bord du navire Le Caton, ayant perdu ses armes en abordant l’ennemi, continue à lutter à coups de poings, terrasse deux Anglais, en saisit un troisième et le jette à la mer. Il fut grièvement blessé. » On pouvait donc s’attendre à une forte résistance de sa part.

Sources

  • Antoine de JOMINI, dans son œuvre « Les guerres de la Révolution (1792-1797) de Jemmapes à la campagne d’Italie »,
    publié chez Hachette, 1998.
  • Commandant V. DUPUIS, « Les opérations militaires sur la Sambre en 1794. Bataille de Fleurus », Paris, Librairie Militaire R. Chapelot & Cie.
  • J.-P.-G. VIENNE dans son Histoire des guerres de la Révolution. Campagne du Nord 1792-1794, édité à Paris, chez Ambroise Dupont
    et Cie en 1827.
  • Dictionnaire historique des batailles, sièges et combats de terre et de mer qui ont eu lieu pendant la Révolution française, par une société de militaires et de marins, Paris, Menard et Desene, Fils, Librairies, 1818.
  • Lieutenant Général de Jomini, « Histoire critique et militaire des guerres de la Révolution », tome cinquième, Campagne de 1794,
    première période. Chez Anselin et Pochard à Paris, 1820.
  • Le siège de Charleroi et la bataille de Fleurus 1794, Jean-Louis DELAET édité par le Crédit Communal en 1994.
  • Service Historique de l’Armée de Terre (S.H.A.T.) – Vincennes – France, cartons B1 33, 34 et 126 à 133. Correspondance des armées du Nord et de Sambre-et-Meuse juin 1794 à juillet 1797.
  • Historique du 18ème Régiment d’Infanterie de Ligne.
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