7. Numismatique du siège d’Anvers 1814, par Alain ARCQ

Les monnaies Obsidionales*

(début février – 1er mai 1814)

Après une périlleuse retraite de Russie et, en octobre 1813, l’issue défavorable de la bataille de Leipzig, les armées napoléoniennes, repoussées par les coalisés, repassent le Rhin et la France est progressivement envahie.
Mais des places fortes résistent, désormais isolées de l’armée contrainte à la retraite. Les Anglais qui craignent pour leur pays tout proche, associés aux coalisés, assiègent Anvers en février 1814. Une garnison commandée par Lazare Carnot (qui fut nommé gouverneur de la place), défend la ville isolée suite aux retraites des armées napoléoniennes.

En mai, après la première Restauration, Carnot accepte de rendre la ville sur ordre du nouveau gouvernement Français (celui de Louis XVIII) le 1er mai 1814 et quitte Anvers le 3 mai. Durant ce siège et pour remédier à la pénurie de petit numéraires, des pièces obsidionales de 5 et 10 centimes furent frappées en bronze de canon et cuivre rouge (ou mélange des deux) suite aux arrêtés des 10 et 16 mars 1814. Quel que soit le modèle, la tranche est toujours lisse.

10 Cts ANVERS 1814

Les fabrications de Joseph Frans Wolschot débutent le 8 mars 1814 par des pièces de 5 CENTs , juste après la réalisation des premiers essais. Ces frappes sont rapidement interrompues par Carnot (le 12 mars) qui revient sur sa décision de frapper ces 5 CENTs de 16,6 gr**, financièrement désavantageuses pour le gouvernement (en effet, Wolschot reçoit pour le paiement de ses frais : 3 kg de matière brute pour 2kg monnayés). Carnot décide de descendre le poids des pièces de 5 CENTs à 12,5 gr soit toujours un peu plus que les pièces françaises ayant cours à ce moment là (qui font 10 gr) afin de favoriser leur acceptation par le peuple. Dans le même temps, il demande la fabrication de pièces de 10 CENT (revenant moins chères à fabriquer que deux de 5 !). Après l’interruption de la première frappe, le coin de revers des 5 CENTs fut délibérément brisé, et le droit (ou avers) utilisé pour la nouvelle pièce de 10 CENT. Ces rares pièces de 5 CENTs « grand module » (180 exemplaires) sont facilement reconnaissables au petit « s » de 5 CENTs qui disparaît sur les productions suivantes.

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Cette frappe présente un tel nombre de variétés que Victor Guilloteau auteur des monnaies françaises, publiées sous ses seules initiales V.G., renonce expressément à en établir la liste. Plus tard, Mazard y renonce à son tour. La frappe se fait d’abord dans les ateliers privés de l’entreprise Wolschot (qui était fondeur pour la marine) à la rue Hopland (Houblonière) près des remparts et au Meir puis, simultanément, au chantier de l’Arsenal d’Anvers. Les premières frappes (jusqu’au 13 avril) sont aux « N » de Napoléon. Après la première Restauration (à partir du 14 avril) on continua à frapper des pièces en se contentant de remplacer le « N » par le monogramme de Louis XVIII (deux « LL » entrelacés), ramené au pouvoir par le triomphe des armées alliées.

10 Cent Louis XVIII ANVERS

Maurice Colaert, président honoraire de la Société royale de numismatique de Belgique, a cherché lui aussi à établir une liste de toutes les variétés avérées. Il arrive au nombre de 29, chacune correspondant à l’association d’un coin de droit donné à celui d’un revers donné. Mais en outre, la majorité de ces variétés présentent des variantes de métal (bronze, laiton, argent , plomb), d’orientation des axes ou le témoignage d’incident survenu en cours de frappe. Dans son ouvrage « Monnaies obsidionales frappées à Anvers en 1814 au nom de Napoléon et de Louis XVIII » il mentionne toutes celles qui ont pu être relevées dans diverses collections, en Europe occidentale mais aussi aux États-Unis et à Saint-Pétersbourg, ou à l’examen de catalogues de vente dotés de planches de qualité.

5 Cents LL 1814

Le catalogue  « Les Monnaies de Belgique » (1790-1988), 22ème édition revue et augmentée de 1988 à 1989 par Jean De Mey et G. Pauwels, décrit ces pièces aux pages 18 à 21 inclues sous l’appellation « SIÈGE DE LA VILLE D’ANVERS (1814) »

Au total, il sera  frappé environ 217.448 pièces de 10 CENT et 69.296 de 5 CENTs, soit 25.000fr de monnaie.

Fait important pour les porteurs, après le retrait des Français, le gouverneur de la Belgique n’avait finalement aucun intérêt à retirer cette monnaie obsidionale. Il décide dans un premier temps son acceptation dans les caisses de l’état (dès le 3 juillet) au même titre que toutes les autres monnaies alors en circulation (françaises ou d’autres provinces). Il s’avère en fait que leur circulation fut difficile mais ce n’est que le 14 juin 1825 que ces monnaies françaises cessent d’avoir cours en Belgique.

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* Obsidional (adjectif masculin – pluriel obsidionaux, féminin avec un « e », pluriel obsidionales) – Étymologie : du latin obsidionalis (« de siège »).
1 – Qui concerne le siège d’une ville.
–   La fièvre obsidionale est une psychose collective frappant une population assiégée.
–   La monnaie obsidionale est une monnaie frappée dans une place assiégée.
–   La couronne obsidionale est une couronne d’herbes que les Romains donnaient à celui qui avait fait lever le siège d’une ville.
2 – (Figuré) Qui concerne la pathologie d’une personne qui se croit assiégée ou persécutée.
–  Délire obsidional, délire de persécution.

Source : « Wikipédia ».

** Lazare Carnot avait initialement décidé que le poids des pièces correspondrait à la valeur intrinsèque des monnaies soit 3fr le kg de cuivre à l’époque.

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