SAINT QUIRIN

       SAINT QUIRIN

par Jacques Mettens

 

Réalité et légendes.

Saint Quirin est habituellement représenté en tenue d’officier romain avec étendard et bouclier aux 9 besants,
il est évoqué pour la guérison d’ulcères connus sous le nom de « Mal de Saint-Quirin » et d’autres plaies malignes, aussi pour la décalcification et pour les personnes marchant difficilement.

Faisons connaissance
:

 

Quirin ou plus exactement Quirinus vivait à Rome sous les ordres de l’empereur Trajan (98-117 après JC).
Il était soldat et tribun et avait pour mission de garder des prisonniers parmi lesquels se trouvait (dans une cellule de la prison située d’un côté de la ville) le pape Alexandre 1er (107-116) et le préfet de la ville de Rome appelé Hermès (qui se trouvait dans une cellule de l’autre côté de la ville, près de la maison de Quirinus) qui s’était converti au christianisme (certains le présente comme riche affranchi).

 

Que s’est-il passé ?

Quirin s’entretenant avec Hermès, lui demanda la raison pour laquelle il s’était converti
au christianisme, celui-ci lui suggéra de poser la question au pape, à cet instant 2 anges
amenèrent Alexandre (qui se trouvait dans une autre prison)  dans la cellule du préfet
et raconta au tribun comment son fils mort d’une grave maladie, avait été ressuscité
par le Saint-Père.
Croyant à un subterfuge Quirin avoua au pape que sa fille Balbine souffrait d’un mal
de gorge, tuberculose ganglionnaire.
Alexandre demanda à Quirinus d’amener sa fille Balbine.
Le pape ayant rejoint sa cellule de la même façon qu’il l’avait quittée, le père et la fille
y entrèrent.
Balbine sous la demande d’Alexandre embrassa les chaînes de ce dernier et fut guérie.
Sur quoi Quirin se fit baptiser avec toute sa famille, ses servantes et serviteurs. 

 

La punition :

 

Peu de temps après, le juge Aurélien, ayant appris la faute de Quirin et de sa fille,
leurs fit subir de multiples sévices et les fit décapiter.
Nos deux personnages seront des martyres de leur foi.
Le tombeau de Saint Quirin et de Balbine (considéré comme martyrs, on leur donne
la qualité de saint) se trouvent dans le cimetière de Prétextat 

 


La Légende
:
Pour lui faire renier sa foi, Aurélien fait fouetter Quirinus, devant le refus de celui-ci, il lui fait couper la langue
et la donne aux oiseaux qui s’envolent sans y toucher, lui fait couper les mains et les pieds pour les donner à manger
aux chiens qui refusent, ensuite il commande des chevaux pour le traîner mais ceux-ci refusent d’avancer et pour finir
il demande un homme et son char à bœuf pour l’étirer, mais l’homme disparaît.
Sa fille l’ayant fait enlever secrètement la nuit, il fut enterré pieusement par les chrétiens le long de la voie Appienne
dans le cimetière de Saint-Prétextat .

Pourquoi ?
Le corps de saint Quirinus aurait quitté la Voie Apienne en 798 lorsque le pape Paul 1er le fit transporter dans l’église romaine des saints Sylvestre et Etienne ?
La réponse se trouve en partie dans nos livres d’histoire. Après la bataille de Tolbiac, Clovis en 498 se fit baptiser avec son armée, la chrétienté devint une religion à part entière et pour combattre les divinités anciennes ancrées dans les mœurs de cette époque l’Eglise décida d’honorer les saints .
Cela dura pendant plusieurs siècles (c’est la période des Siècles des Saints).

Le voyage :
Au milieu du XIème siècle, Geppa, l’abbesse du couvent des Bénédictines à Neuss (près de Düsseldorf) partit pour Rome saluer son frère le pape Léon IX, au travers des fenêtres de sa chambre elle avait une vue sur les autels et les reliques.
Pendant ses prières, elle remarqua, à la lumière des bougies, plusieurs anges en train de vénérer une relique.
Elle apprend que ce sont les reliques de saint Quirin. Après avoir insisté auprès de son frère elle obtint l’autorisation
de les ramener à Neuss

Le retour :


Geppa et son escorte se mirent en route, avec les reliques, vers leur couvent, en cours de route ils s’arrêtèrent sur une plaine pour y passer la nuit.
Le lendemain ils se remirent en route mais le corps du saint resta attaché
au sol et personne ne put le décoller.
Priant Dieu de toutes ses forces, celui-ci lui permit de continuer sa route seulement avec la tête, le reste fut gardé par une servante, et laissé à Dabo terre natale de l’abbesse.
Le père (comte Hugues IV d’Eguisheim) de Geppa et de Brunon (futur
Léon IX) construisit dans les environs de Dabo un prieuré et une chapelle
dédiée à Saint-Quirin.

Comment :
L
es reliques du Saint sont-elles arrivées à Leernes ?
On peut penser que notre illustre bienheureux Thierry de Leernes connaissait très bien les parents de Geppa, en effet
la mère de cette dernière s’étant déplacée pour rendre à notre Leernois un psautier donné par Lothaire 1er.
On peut donc (sans se tromper) dire que se souvenant de son village natal et de son église, il a réussi à obtenir
une relique de saint Quirin.
Ces reliques s’y trouvent « ex antiquis temporibus » selon l’expression du procès-verbal de la translation faite en 1609,
le 25 août par le doyen de Binche et le Chapitre de Saint- Ursmer.

Et chez-nous ?
Dans un écrit de la Cour de Justice de Leernes et Wespes , datant du 19 décembre 1462, il existait une fontaine
Saint- Quirin « li fontaine Saint Quirin ».
Ce qui prouve que certains saints étaient vénérés avant le 14ème siècle.
Et le 24 août 1609, c’est sur la demande de Bauduin le Roy, curé de Leernes de 1609 à 1663, que la reconnaissance
aura lieu.
Monseigneur Van der Burch, archevêque de Cambrai, permit au doyen et au Chapitre de Binche de renouveler
les linges qui enveloppaient les reliques, frais supportés par Denis de la Jonchière.
C’est en reconnaissance de cette date que fut fixée la 2e ducasse de Leernes.
Etaient donc présents à cette cérémonie le curé de Leernes, maître Baudhuin Le Roy, son vicaire, d’autres prêtres,
le seigneur du lieu Denis de la Jonchièe et son épouse Marie de Heyhoeck.

La confrérie de St Quirin :
Vit le jour, grâce à Bauduin le Roy, il fit construire également le choeur actuel en 1621, aidé par le seigneur
de la Jonchière, il demanda suivant son testament, du 28 septembre 1661, d’être inhumé dans la Chapelle des Offrandes, actuelle chapelle Saint Quirin (construite donc au 16e siècle).
Elle fut érigée canoniquement par la bulle donnée à Rome en l’église Sainte-Marie-Majeure le 12 novembre 1636
par le pape Urbain VIII et reconnue par l’archevêque de Cambrai le 31 janvier 1637.
Enfin Mgr. Walravens, évêque de Tournai, a réinstauré la confrérie en 1898.

Les reliquaires :
1) Le coffre en chêne laqué rouge, les pieds en bronze doré de style empire, il remplace le reliquaire détruit
par les révolutionnaires français en 1794.
Il fut béni en 1806 et de nouveau restauré en 1965. Il contient un os du crâne, les deux tibias et une rotule.
2) Le petit reliquaire en argent repoussé (datant du XVIème siècle) est surmonté d’une petite statuette de Saint-Quirin.
Il contient un os du poignet.
3) Le bras reliquaire en argent battu (1609). Armoiries des seigneurs de la Jonchière. Il contient un os de l’avant-bras.

Les avatars :
1) on se rappelle l’exposé de notre ami Alain Arcq sur les combats de l’Espinette, et la contre-offensive des Français
sur les Autrichiens, le 10 mai 1794, où les sans-culottes français incendiaires bons nombres d’édifices et notamment
l’Abbaye d’Aulne.
A Leernes les reliques de saint Quirin avaient été cachées dans le grenier de l’église, elles furent découvertes
par une horde sauvage, qui les profanèrent et les éparpillèrent.
Le calme revenu, le curé de Leernes (Charles Joseph Motte) les remit au culte et le 4 juin 1805 cette remise sera ratifiée par Mgr Godefroid, vicaire général à Mons.
C’est en 1806, le 27 avril que les reliques seront replacées dans le coffre en chêne.
La statue qui avait disparu ne sera retrouvée que vers 1900.
2) Elle disparut de nouveau, elle sera retrouvée dans un fossé par un clerc de notaire de Fontaine – l’Evêque et c’est l’instituteur Lizen, le curé, de l’époque, et le Bourgmestre qui se rendirent chez notre fontainois pour récupérer la statue qui avait trôné pendant 20 ans dans son salon. Et quelques jours plus tard Saint-Quirin reposait de nouveau sur son socle.
3) Je me trouvais à la maison de la laïcité de Leernes (préparation d’un marché de Noël) lorsque la police vint nous demander
si hier le 23 novembre 2001, nous n’avions rien vu de spécial, elle nous annonça : « on a volé Saint Quirin. ».
Elle fut retrouvée à Alost, je crois, par un gendarme perspicace, elle se trouvait sur une brocante.
Légèrement abîmée la statue a retrouvé sa place 2 mois après sa disparition.

Le pèlerinage :

Saint Quirin est invoqué pour la guérison d’ulcères, tumeurs, abcès purulents, fistules, caries des os…
On venait, en charrette, à pied, accordéon en tête de tous les coins de la région en n’oubliant pas quelques pas de danse pendant les repos et le petit coup
de blanc pour se redonner du moral.
Le premier dimanche de mai il fallait se frayer un chemin entre les pèlerins,
les marchands de médailles et les marchands de friandises.
Pieusement les pèlerins faisaient le tour de l’église en dévotion à saint Quirin,
mais une fois leur pèlerinage terminé c’était l’occasion de se retrouver
et de s’amuser.
Certaines personnes après leur guérison demandaient que soient exposés derrière l’autel de Saint-Quirin (nef latéral droite) les béquilles, cannes et ex-voto, souvenirs de leurs anciennes souffrances.

La tombe de St Quirin :
Quirinus fut enterré sur la Voie Appienne (1) au cimetière de Prétextat.
Dans le premier millénaire de notre ère les pèlerins qui visitaient la Rome souterraine, relataient avoir vu différentes chambres de martyres notamment quatre chambres sépulcrales s’ouvrant sur un corridor.
Dans la quatrième chambre on a retrouvé le buste du défunt orné de laticlave (2).
Tout concorde à faire reconnaître cette chambre comme le caveau du tribun Quirinus.
Pour plus d’information et la photo de la chambre sépulcrale vous pouvez consulter le livre.
Martyrium in multidisciplinary perspective par Louis Reekman, Mathijs Lamberight, Peter van Deun et le site web.


(1) Voie Appienne : la plus ancienne route pavée. Route romaine commencée en 312 av. J-C par Appuis Claudius et qui allait de Rome à Brindisi. Elle était bordée d’innombrables tombeaux.
(2) Laticlave : Dans la Rome antique ce terme indique un insigne honorifique (tunique bordée d’une large bande pourpre) réservé aux membres du Sénat.

Bibliographie :

Vie du Bienheureux Thierry de Leernes, Abbé Theys, Fleurus, 1910.
Guide Alsace Michelin
Saint Quirin par A. Quinet, impr. Catineau à Tournai, 1907.

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