CHARLES BROGNIEZ

CHARLES BROGNIEZ

Une personnalité fontainoise
victime des rexistes

rapporté par Jacques Mettens

 

Plaque souvenir placée au coin de la place.
Photo Jacques Mettens.

Le 18 août 1944, les rexistes exécutaient 20 patriotes dans la région de Charleroi.
La plupart des victimes ont été massacrées à Courcelles, dans la côte du Rognac.
Parmi elles, figurait le commissaire de police de Fontaine-l’Evêque, M. Charles BROGNIEZ, dont une place
porte aujourd’hui le nom.
A noter que les « rexistes » étaient des collaborateurs de l’Allemagne nazie, avec comme chef Léon DÉGRELLE
de sinistre mémoire.
Dans un livre de 1947 rédigé par M. Alfred LEMAIRE et intitulé « Le crime du 18 août », voici comment est décrit
Charles BROGNIEZ.
« Né à Châtelineau le 2 mars 1883, il était domicilié rue Paul Pastur, 51 à 6140 Fontaine-l’Evêque.
Charles Brogniez était entré en service à la Police en 1907, à Mont- sur-Marchienne, immédiatement après
son service militaire.
Le 30 décembre 1912, il fut nommé commissaire de Police à Anderlues et le 3 mai 1921, à Fontaine-l’Evêque.
De ce fait, il fut aussi Officier du Ministère Public, pour le canton de Fontaine-l’Evêque, auprès de la Justice de Paix.
Il fut mobilisé le 1er août 1914, et combattit à la 4ème D.A., aux défenses de Namur et d’Anvers.
Le 27 octobre 1914, il fut autorisé par l’Etat- Major belge à rentrer en Belgique par la Hollande, pour reprendre
ses fonctions de commissaire de police à Anderlues et participer au service de renseignements pour l’armée anglo-belge.
En 1915, il fit, pour les besoins du gouvernement belge, une enquête sur les crimes et les atrocités allemandes,
lors de l’invasion, à Anderlues et environs.
Le 2 décembre 1915, arrêté comme suspect, il fut écroué à la prison de Namur pendant 17 jours, puis emmené
en captivité en Allemagne à Sonnelager
[ou Sennelager].
Libéré en février 1916, il fut placé, jusqu’à l’Armistice, sous contrôle spécial.
Il était porteur des décorations suivantes : médaille d’Or de l’ordre de la Couronne ; médaille commémorative 1914-1918 ; médaille de la Victoire; médaille civique de première classe 1914-1918 ; médaille civique de première classe à titre d’ancienneté, médaille du centenaire ; médaille du prisonnier politique ; il était enfin titulaire de la carte des états
de service de guerre.
II fut président de la Fédération provinciale du Hainaut des commissaires et commissaires adjoints.
Sur la proposition du Grand-Charleroi, créé par les Allemands, et géré par les rexistes pendant la guerre 1940 -1945,
il fut mis en disponibilité pour limite d’âge. Il se croyait donc, de la part du rexisme, à l’abri de tout danger.
Ce fut un homme très bon, très serviable ; toute la population de Fontaine-l’Evêque le regretta.
De religion protestante, il était fidèle à sa foi et très croyant mais il entretenait avec le clergé catholique les meilleures relations.
Cependant, il était très réservé dans ses opinions et très disponible pour la population.
Il fut arrêté, comme on l’a raconté plus haut, par une bande pilotée par un certain Edgard Gérard.
C’est ce dernier, du moins, il s’en est vanté qui le poursuivit dans l’école voisine de son habitation et qui l’arrêta.
M. Brogniez fut amené de Fontaine-l’Evêque à Courcelles, rue Sart-lez-Moulins, où on le fit descendre à la cave.
Il fut le premier à être enfermé dans cette prison, en attendant l’arrivée des autres.
Puis, ce fut l’exécution brutale de tous les otages.
On ne possède aucune certitude sur l’identité de ses meurtriers ni sur les circonstances exactes de son assassinat. »
En prenant des otages et en les exécutant, les rexistes, descendus de Bruxelles pour la plupart, voulaient venger l’exécution par la Résistance du bourgmestre du Grand Charleroi, le collabo ENGLEBEN.
Madame Brogniez, son épouse, est décédée de maladie et de chagrin le 20 octobre 1944.
Le vendredi 18 août, M. Chartes Brogniez fils, âgé de 32 ans, apprit la nouvelle du massacre de Courcelles et comme
on lui disait que son père n’était pas dans les 19 victimes, il téléphona de tout côté pour le retrouver.
« Le samedi matin », déclara-t-il, « je donnai un coup de téléphone à la police de Courcelles et j’appris par elle que Papa se trouvait là.
Je me rendis à Courcelles, le samedi après-midi, pour l’identifier. Je le reconnus facilement : il avait la figure très calme,
il portait des traces superficielles de blessures dans la figure et au front, restes sans doute des contusions provenant
de ce qu’on l’avait traîné sur le chemin.
Je ne vis pas le cou, où il dut recevoir les balles mortelles : le fossoyeur, me dit, en effet, que c’était bien dans la nuque qu’il avait été frappé.
J’ai commandé deux cercueils, un en zinc et l’autre en chêne.
Je le mis en bière le dimanche à 4 heures de l’après-midi et je le fis ramener le même jour à 6 heures, dans une auto
du charbonnage qui le conduisit directement au cimetière de Fontaine-l’Evêque.
Toutes les familles avaient dû signer un engagement, exigé par les Allemands, de prendre les corps et de les conduire
au cimetière.
Verbalement, on nous dit qu’on pouvait faire passer le corps par la maison, sans cérémonie, en la seule présence
des proches parents. »
Marius GUSBIN s’exprime de la façon suivante sur le compte de M. le commissaire Brogniez.
« M. Brogniez et moi nous sommes devenus voisins depuis 1931; tous deux nous occupions une maison communale attenante à l’école des filles.
Au début, nous étions de bons voisins, mais sans liaison intime : il était mon aîné de près de vingt ans.
Sa préoccupation souveraine en ce temps-là était l’avenir de son fils, qui fit des études de droit à l’U.L.B., se plaça
au Ministère des Affaires Etrangères et est actuellement secrétaire de l’Ambassade de Belgique en Chine.
Je le voyais chaque jour se rendre de son pas lent et sûr à son bureau. Il rentrait à heure fixe et choyait particulièrement sa femme qui l’attendait dans un home toujours attrayant.
Ils vivaient très unis et tous les jours, ils faisaient ensemble une promenade champêtre.
Plusieurs fois par semaine, ils jouaient aux cartes, en compagnie de M. et Mme Faleau ; M. Faleau était ancien secrétaire de la ville, homme sérieux et doué d’une intelligence remarquable.
C’est un peu avant la guerre et surtout pendant les hostilités que les familles Brogniez et Gusbin se sont rapprochées davantage.
Nous avions une confiance réciproque en la Victoire des Alliés et un même idéal.
Bien des soirs, nous nous réunissions et écoutions ensemble la BBC et R. Payot.
Ensuite, nous jouions une partie de cartes ; nous remplacions M. et Mme Faleau qui vieillissaient.
C’est ainsi que nous avions encore passé la soirée du jeudi 17 août 1944.
La droiture de M. Brogniez, sa conscience d’homme d’une honnêteté à toute épreuve, son physique en imposaient à tous.
M. Brogniez était écouté et respecté de toute la population. L’ordre le plus parfait régnait dans le domaine de la police.
Fontaine-l’Evêque avait en lui un homme compétent et bon, car c’était l’homme à qui on pouvait se confier, qui donnait
de bons conseils, qui ramena dans le bon chemin plus d’un dévoyé.
Il écoutait attentivement avant de prendre une décision.
En homme intègre et tolérant, il faisait régner l’ordre partout, sans s’occuper des convictions de ses subalternes, ni de ceux qui le côtoyaient dans l’exercice de ses fonctions.
Fontaine-l’Evêque a perdu en M. Brogniez, l’homme qui faisait consciencieusement tout son devoir.
M. Julien Dehout, commissaire principal aux délégations judiciaires, membre de la Police judiciaire de Charleroi, a émis
sur M. le commissaire Brogniez, l’appréciation suivante : « J’ai connu M. Brogniez depuis sa nomination à Anderlues.
J’ai suivi sa carrière ensuite à Fontaine-l’Evêque.
J’ai toujours admiré la noblesse de son caractère, ses qualités de pondération, de bon sens qui faisaient de lui
le commissaire idéal.
Son affabilité pour les membres d’autres polices, aussi bien judiciaire que communale, créait autour de lui une atmosphère de sympathique admiration.
Le mépris qu’il professait à l’égard des mauvais patriotes et son opposition à l’occupant devaient le désigner fatalement
à la vindicte des rexistes : ceux-ci, par une première mesure illégale, l’écartèrent de ses fonctions.
Sa conduite exemplaire, tant dans sa vie publique que dans sa charge, lui avait valu la confiance de ses collègues, qui l’ont successivement appelé à la présidence de la section de Charleroi, puis de la Section du Hainaut, de la Fédération
des commissaires et commissaires-adjoints de Belgique. »
M. Brogniez n’a laissé que des regrets : personnellement, sa disparition m’a douloureusement ému, car j’avais entretenu avec lui, tout au long de sa carrière trop brusquement interrompue, des relations de confiante fraternité.
(A suivre : Arrestation de Monsieur Brogniez)

Sources

Alfred Lemaire S.I., Le crime du18 août ou les journées sanglantes des 17 et 18 août 1944 dans la région de Charleroi, éditeur : imprimerie maison d’éditions, S.C., 12 rue de Villers – 1, rue St Marceau, Couillet – Belgique.

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