Dommages de guerre

Dommages de guerre 40-45

par Alain ARCQ

 

 

Dans ce premier article, je me bornerai à détailler les dégâts

occasionnés par les Allemands depuis l’invasion de mai 1940

jusqu’à la fin de la guerre.

Ces documents ont été découverts récemment

par des membres du C.H.A.F. dans les locaux

de l’ancien hôpital de Fontaine-l’Evêque qui servit un temps

de bureaux au service des travaux de la ville.

 

 

1. Bombardements aux abords rue de Beaulieusart des 10 mai à 16h00 et 11 mai à 14h00 et route de Leernes
le 12 mai à 06h00.
Procès-verbal dressé le 14 mai 1940 par le Conducteur des travaux de Fontaine-l’Evêque.

a) Citée Chavée, rue de Beaulieusart, deux maisons entièrement détruites à savoir les numéros 7 et 8, la maison numéro 9
     est fortement lézardée.
–     Les frais sont estimés à 40.000,- Frs et 4.000,- Frs.
–     Dans une note datée du 26 juillet de la même année, les 4.000,- Frs sont portés à 6.000,- Frs.b)

b)Rue de Beaulieusart.

  •  Roland Auguste : 3 glaces fenêtres et portes brisées, 6 carreaux de fenêtre, 3 volets troués par éclats de bombe, 1 panneau porte fer forgé détruit et toit du pigeonnier démoli. Les frais sont estimés à 2.508,- Frsc)

c) Rue de Leernes.

  • Viroux René : 6 carreaux de fenêtre brisés 54,- Frs
  • Veuve Sottiaux Jules : 1 carreau de fenêtre brisé 30,- Frs
  • Dury Stéphanie : 2 carreaux de fenêtre brisés 25,- Frs
  • Houssier Fernand : 2 carreaux de fenêtre brisés et 2 glaces brisées 980,- Frs
  • Depuis François : 3 carreaux de fenêtre brisés 54,- Frs
  • Baudson Désiré : 2 carreaux de fenêtre brisés et 1 store 65,- Frs
  • Braun Ferdinand : 3 carreaux de fenêtre brisés et plafond détruit partiellement 255,- Frs
  • Anus Albert : 3 carreaux de fenêtre brisés 60,- Frs
  • Duriau Franz : 27 carreaux de fenêtre brisés, 1 lustre de salon, toiture Eternit atelier endommagée 435,- Frs
  • Haupens Adolphe : 1 carreau de fenêtre brisé 30,- Frs
  • Baudoux Victor : 3 carreaux de fenêtre brisés 45,- Frs
  • Patron Alfred : 1 carreau de fenêtre brisé 25,- Frs
  • Baudoux Maurice : 2 carreaux de fenêtre brisés 12,- Frs
  • André Marc : 2 carreaux de fenêtre brisés 65,- Frs
  • Sonck Joseph : 1 carreau de fenêtre brisé 45,- Fr
  • Derwiduée Norbert : 1 carreau de fenêtre brisé 15,- Frs

Dans une note datée du 5 juillet 1940 et adressée à Mr M. Wibail, commissaire-voyer (responsable des ponts
et chaussées) sis en l’Université du Travail à Charleroi, nous constatons également que le bourgmestre de Fontaine-l’Evêque ajoute un dégât de voierie de 3 bordures de béton détruites par bombes d’avions à la rue de Beaulieusart, et ce
en fonction d’une note du destinataire précité en date du 3 juillet 1940.
L’estimation de prix est de 150,- Frs.
En réponse à la note du Ministère des Travaux publics, Service spécial de l’Urbanisation, 38 rue de Louvain à Bruxelles, circulaire N° UR 1 en date du 27 juin 1940, le bourgmestre transmet les dégâts suivants datés du 5 juillet 1940 :
–                                        · Maisons d’habitation : détruites complètement :            3
–                                                                          gravement endommagées :         2
–                                                                          légèrement endommagées :       26
                                           · Etablissement industriel : gravement endommagé :         1
Le 12 juillet Bruxelles demandant des précisions quant à l’établissement industriel endommagé, il lui est répondu
le 17 juillet qu’il s’agit du siège n° 1 des Charbonnages de Fontaine-l’Evêque.

2. Objets et mobilier endommagés par les troupes d’occupation.

a) Note datée du 30 septembre 1940

  • Norbert Marcelle, rue Cressonnière(1) : 6 chaises manquantes
  • Royale Lyrique, Grand’Place : 1 tapis de table manquant, 1 chaise avec dossier cassé, 6 chaises avec siège en paille détérioré

b) L’état du château de Mr Bastin(2), Place Cornille est assez critique. Le Conducteur des Travaux de la ville dresse
un portrait éloquent : voir page précédente.

3. Dégâts à la maison de Mr Boulanger Jules sis rue Chavée n°22, provoqués par les troupes allemandes la nuit du 20
au 21 novembre 1940.
L’enquête est faite par Mr. Duquesne Maurice, Conducteur des Travaux.
Ce dernier constate :

  • a) La porte d’entrée a été forcée, la clé manque et une applique formant battée est cassée.
  • b) La cour présente un pavement en briques défoncé sur deux mètres carrés, en cause les chevaux qui y ont passé
    la nuit.

Nos conclusions quant aux bombardements allemands de mai 1940 sont que ces derniers n’avaient d’autres buts que
de créer la panique et la peur chez l’habitant afin de pousser le maximum de personnes sur les routes et ainsi bloquer
le trafic militaire.
C’est aujourd’hui un but reconnu par les stratèges et historiens.
Pour rappel, aucun témoignage ne mentionne ni forces belges ou alliées dans les environs immédiats du lieu
de bombardement, mises à part les troupes françaises se dirigeant vers Charleroi.
L’épicentre de ces derniers fut la cité Chavée et plus particulièrement la rue de Beaulieusart.
La rue de Leernes ne fut l’objet que de dégâts occasionnés par le souffle des explosions.
Il est probable que ces bombardements furent occasionnés par des avions de types chasseurs-bombardiers
ou petits bombardiers tels les Stukas (Junkers JU 87), Messerschmidt Bf-109, Bf-161/162 ou Henschel Hs 123.
Sur le site web de la Ville de Fontaine-l’Evêque, nous trouvons d’intéressants renseignements sur deux combats d’avions durant lesquels les avions allemands larguèrent leurs bombes pour s’alléger.
Je cite : « Le premier jour de la guerre, vers quatre heures de l’après-midi, un avion allemand poursuivi
par deux chasseurs français déchargea cinq bombes au-dessus de notre ville ; la première tomba près du château Marcq,
blessant à l’épaule Mme Van Nieuwenhove-Moralès qui habitait à proximité ; la seconde éclatant près de la Cité Chavée,
souffla deux de ses petites habitations ; les trois autres s’enfoncèrent dans les prés en direction de Beaulieusart.

Quelques jours après, un autre combat d’avions se déroula au même endroit.
Les balles et les éclats de bombes tuèrent trois Fontainois : Mrs Delchambre Albert, Coffa Antonio et Janicki Michel,
aux environs de la rue de Beaulieusart.
»
Après recherche aux archives de l’Etat civil de Fontaine-l’Evêque, nous trouvons qu’il s’agit bien des trois victimes décrites
dont nous complétons les données.
Coffa Antonio, négociant, décédé le 11 mai 1940 à 13h00, rue de Beaulieusart en cette ville.
Né à Ferba (Italie), le 25 avril 1901, résidant en cette ville rue des Houillères n°29, époux de Farrardo Rosa, fils
des époux défunts Coffa Guiseppe et Marcelle Grazia.
Âgé de 39 ans et 16 jours.
N° 59 extrait des actes de décès 1940 de Fontaine-l’Evêque.
Delchambre Albert, sans profession, décédé le 11 mai 1940 à 13h30, né à Fontaine-l’Evêque le 24 mai 1928 et domicilié
rue Calvaire Mascaux n°5.
Fils de Delchambre Paul Joseph et Grimont Marie Thérèse.
Il était âgé de 11 ans 11 mois et 13 jours.
N° 60 extrait des actes de décès 1940 de Fontaine-l’Evêque.
Janki Michel, hiercheur, décédé le 11 mai 1940 à 13h30.
Né à Racyse-Poznan (Pologne) le 2 septembre 1910, résidant à Fontaine-l’Evêque rue des Houillères n°29.
Fils de Pierre et Nitka Agnès le décès a eu lieu rue de Beaulieusart.
Âgé de 29 ans 3 mois et 21 jours.
N° 61 extrait des actes de décès 1940 de Fontaine-l’Evêque.

 

Le N°65
des actes de décès
de 1940 nous réserve
la surprise
d’un soldat français
du 1er Régiment
du Génie
qui, tué à 11h00
à Châtelineau,
sera déposé
à Saint-Vaast
pour être enterré
par les soins
de la ville
le 18 mai 1940.

Pour ne pas terminer sur une note macabre, sachez qu’en date du 31 décembre 1943, la ville de Fontaine-l’Evêque compte 7.475 habitants
répartis dans 2.395 habitations.

Légende
(1) A cet endroit se trouvaient un bassin de natation en plein air (petit lac) et une salle de danse.
(2) Le château Bastin, construit en 1900, est aujourd’hui le siège de la Justice de Paix.

Sources

 

 

 

 

 

 

 

 

Extrait revue N° 24

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