GRANDIR POUR LA PATRIE

PRO PATRIA CRESCUNT

GRANDIR POUR LA PATRIE

par Alain Arcq

 

Note du rédacteur en chef

Dans l’article qui suit, les nouvelles règles d’orthographe n’ont pas été respectées car il s’agit d’un article écrit en suivant les règles d’écriture militaire.
Sur ce, deux remarques importantes : la première, on écrit toujours le nom d’une unité ou école avec les premières lettres en majuscule, la seconde, dans les abréviations militaires, on ne met jamais de point entre les lettres.

Histoire de l’Ecole Royale des Cadets

L’admission des enfants légitimes des militaires dans les rangs de l’armée belge se solde, en 1838, à 600 jeunes tambours, trompettes, clairons et cornets.
Dès leur engagement, ces jeunes soldats ou enfants-soldats sont dirigés sur l’école régimentaire, sous la surveillance
de vieux sous-officiers instructeurs qui leur apprennent les rudiments de français et de mathématique.
En 1847, le ministère regroupe tous ces enfants de troupe dans une seule compagnie qui s’installe à Lierre
dans la caserne Sion.
1880 voit le transfert de la compagnie à Alost. Elle prend le nom d’Ecole pour enfants de troupe avant de s’appeler
Ecoles des Pupilles de l’Armée.
Suivant certaines sources, c’est en 1883 qu’elle prend ce nom.
Y sont admis les enfants de militaires et de fonctionnaires.
On y applique le programme scolaire des athénées et des écoles secondaires.
Cette nouvelle école a pour but de préparer les fils de militaires à la carrière des armes, en leur donnant
une formation de base de sous-officiers.
En 1886, les élèves âgés de 14 à 16 ans s’installent à Namur.
Le 29 juillet 1897, une seconde partie de l’école s’installe à Namur et prend l’appellation d’Ecole des Cadets.
Dès ce moment, le but recherché par le cadre est la préparation à l’examen d’entrée à l’Ecole Royale Militaire,
en deux mots à la carrière d’officier.
Alost devient le siège de l’Ecole des Pupilles.

Ces derniers suivent les quatre premières années de l’enseignement secondaire.
Dissoute à la déclaration de guerre d’août 1914, 212 de ses élèves avaient été admis à l’Ecole Militaire et 66 anciens cadets tombaient au Champ d’Honneur durant le premier conflit mondial.
1918 voit le nombre de cadets exploser suite aux pertes subies durant la guerre qui font de nombreux ayant-droits.
On crée alors six écoles situées à Bouillon, Marneffe et Namur pour les francophones et Saint-Trond, Alost et Namur pour les néerlandophones.
1935 voit la disparition du cycle inférieur, les deux établissements restant restent installés à Namur et Saint-Trond (Saffraanberg).

 

 

Le second conflit mondial devait également marquer la fermeture des écoles et couter la vie à une centaine de ses élèves.
Reconstituée à Seilles dès 1947 (1946 suivant certaines sources), en 1948, l’école est transférée à Laeken, drève
Sainte-Anne, dans la caserne du même nom.
Les Cadets allaient reprendre la place des Grenadiers.
On estime aujourd’hui que plus de 3500 cadets en sont sortis depuis cette année 1948.
Par arrêté royal du 25 juin 1951, l’école prend le nom d’Ecole Royale des Cadets.
En 1955, une subdivision régionale néerlandaise voit le jour à Lierre, de même que l’accès à l’Ecole est ouvert
aux candidats non-prioritaires.
1987 voit l’arrivée des filles mais ce devait être éphémère car en 1988, le gouvernement décide de la fermeture
de l’Ecole Royale des Cadets, échelonnée sur trois ans.
Cette dernière est fixée au 30 juin 1991. Seule la Division Interforces continua jusqu’au début des années 2000 avant l’apparition de la Division Préparatoire à l’Ecole Royale Militaire, la DPERM.
Cette dernière est aujourd’hui installée à Saffraanberg, près de Saint-Trond et est la gardienne des traditions
des anciennes écoles.

Mon histoire, celle de Daniel Bauval et d’Alain Fontaine

Nous sommes rentrés à l’Ecole Royale des Cadets (ERC), située à Laeken, le 27 août 1973.
J’étais alors âgé de 15 ans.
Notre promotion était composée des 50 cadets sélectionnés sur les 1294 candidats qui avaient présentés l’examen,
sans oublier deux rares « doubleurs » qui avaient eu de graves problèmes de santé.
Ceci constituait la seule exception pour recommencer une année car aux Cadets, on ne doublait pas !

Notre promotion « Michel Van Robets » étaient une des trois promotions qui constituaient la Division française de Laeken.
Cette école possédait aussi une Division néerlandophone et l’école de Lierre (Lier) était entièrement néerlandophone.
Une petite parenthèse pour signaler que c’est là que Frank De Winne, aujourd’hui célèbre spationaute et général
de brigade à la Défense, fit ses débuts en 1976.
La première semaine fut certainement la plus pénible car elle ne se composait que d’instruction militaire et de sport.
Rarement nous faisions une pose pour passer à l’équipement ou chez le tailleur.
A ce propos, avant d’avoir le droit de porter notre nouvelle tenue de ville, nous étions équipés et vêtus du « battle dress » de couleur bleu, du béret de même couleur et du ceinturon britannique que nous « bleucotions » (passer au bleucot)
tous les jours, sans oublier d’astiquer les boucles.
Cette première semaine connut également l’abandon de trois cadets qui ne supportaient pas cette discipline de fer.
Ils furent remplacés, dès le lundi, par trois « réserves » qui arrivèrent le premier jour des cours.

 

 

Pour l’anecdote, nous étions tellement dans le « drill » que toutes les nuits de la première semaine, nous étions réveillés par les commandements qu’un ou l’autre d’entre-nous hurlait pendant la nuit.
Décrire tout ce que nous fîmes n’est guère chose facile tant les souvenirs sont nombreux.
Si ma mémoire est bonne, le programme normal d’une journée de cours donnait plutôt ceci :

06h00 : lever sur appel du sous-officier de service, debout au garde-à-vous au pied du lit.
06h00 à 07h30 : toilette, pliage du couchage, mise en ordre et petit-déjeuner.
07h45 : rassemblement et inspection.
08h00 : première séance de cours (50 minutes).
09h50 à 10h10 : break avec consommation obligatoire de lait, café et biscuit.
Pour rappel, le café était « camphré » afin de calmer les ardeurs des jeunes étalons…
10h10 à 12h00 : seconde séance de cours
12h00 à 13h00 : 2ème repas et cantine
13h00 à 14h50 : troisième séance de cours
14h50 à 15h10 : break (lait ou café)
15h10 à 17h00 : quatrième séance de cours
17h00 : mise en place du matériel et première étude
18h00 à 18h30 : 3ème repas
18h30 à 19h30 : étude obligatoire
19h30 à 22h00 : étude libre, tv, cantine, toilette
22h00 : inspection des chambres et appel au lit par le Chef de Classe Général (CCG) et le sous-officier de semaine.
Extinction des feux et lumières, parfois joué au clairon par un des trompettes de la Garde du Palais royal, mais au moins tous les soirs par diffuseurs.

Le seul changement au programme était l’autorisation de participer au service religieux célébré par notre aumônier,
le Padre Moreau, un ancien des Para-Commandos qui avait combattu en Corée.
La messe avait lieu le vendredi à 19h00 en la chapelle de l’école.
Le Padre nous parlait quelquefois de cette guerre de Corée où les volontaires belges s’étaient distingués et où plusieurs avaient rapporté la célèbre Silver Star, décoration américaine remise aux plus braves.
Notre promotion avait parrainé un petit Coréen pour qui nous donnions 20 francs par mois.
A cette époque, les cadets étaient soldés et recevaient 50 francs par jour.
Je ne me rappelle plus le prix du café, du coca ou du cécémel à la cantine mais le train, demi-tarif en seconde classe revenait à 38 francs par trajet de la gare du Nord à celle de Charleroi Sud.
Le soir, à l’appel au lit, nous avions parfois « l’inspection hygiène ».
Le sous-officier de semaine était le seul a pouvoir la faire.
Nous étions en caleçon (slip) assis sur le lit, les bras tendus en avant, mains tendues.
Le gradé passait et regardait si nos mains et nos pieds étaient propres et s’il ne sentait pas d’odeur.
Ses seuls mots étaient « tournez vos mains » et « écartez les doigts ».
En trois ans, je n’ai connu qu’un seul cas qui est retourné au lavoir.
Tarif : deux consignes !

 

 

 

 

Pour le détail, le samedi nous avions cours jusque midi et le rassemblement
avec inspection pour le départ en permission (de ceux qui n’étaient pas punis)
avait lieu à 12h30.
Les bus qui nous conduisaient vers la Gare du Nord à Bruxelles partaient
sur le signal du sous-officier de semaine.
Nous devions être présents à l’appel au lit du dimanche 22h00.

 

 

 

Les punitions, obtenues pour divers motifs, étaient par tranche de « consignes » équivalent chacune à quatre heures
de présence supplémentaire à l’unité.
Inutile de vous dire que plus d’un ont été obligé de rester le week-end pour une seule consigne car les transports
en commun rendaient impossible le retour chez eux dans les délais requis.
Il y avait, pour les fautes plus graves les « PS » ou « Pas de Sortie ».
Le fait de tricher à une interrogation ou à un examen était sanctionné de la plus une interrogation ou à un examen était sanctionné de la plus graves des punitions : le renvoi définitif car non-conforme avec le code d’honneur de futurs officiers.
Je n’ai connu qu’un seul cas mais je vous assure que cela donnait à réfléchir.

 

Notre Préfet des études, le Major Zeidler, comme para-commando ne nous a pas épargnés, mais ce pour notre plus grand bien.
Raid dans les Ardennes dans le froid et la neige, exercices de nuit, survie en Corse, sauts en parachute (brevet B Para à Schaffen), spéléologie, rappel de corde, pont de singe, rien ne nous fut épargné mais nous en gardons tous de bons souvenirs.
De plus, dans nos heures de cours, les cross de 10 km et autres courses à pied étaient fréquents, de même que deux heures de sport en moyenne sur la journée.
C’étaient surtout les sports de groupe qui étaient favorisés.

 

 

 

J’oubliais un point important, que ce soit le parachutisme, le monitorat, les exercices en Corse ou autres, c’était toujours durant les vacances scolaires.
Petit détail à cette époque, nous n’avions pas de douche et ne disposions, au « lavoir » que de grands bacs de faïence
où coulait une bonne eau froide, hiver comme été.
Si j’ai bon souvenir, l’eau chaude fut installée en 1974.
En première année, nous dormions à 12 par chambre, plus un chef de chambre rhétoricien et un adjoint qui était
en seconde année.
Les 3ème portaient des ganses bleues, les 2ème des ganses jaunes et les rhétoriciens (1ère) des ganses oranges.
Les chambres des premières se trouvaient au 1er étage, celles des secondes au 2ème étage et celles des « rhétos »
étaient constituées de « kots » par chambrées de 4 ou 5.
Le Chef de Classe Général (CCG) avait une chambre particulière au fond du couloir et assurait le rôle de sous-officier adjoint de semaine, devant se coucher plus tard que les autres, et aussi se lever plus tôt durant la semaine.
Pour le reconnaître, il portait deux grosses ganses de couleur orange, portant elles-mêmes l’insigne métallique de l’école.
Chaque année avait un CCG mais seul le « rhéto » assumait un rôle de semaine supérieur.
En réalité, à l’approche des examens d’entrée de l’Ecole Royale Militaire (ERM), c’était le CCG de seconde année reprenait le rôle.
Pour les ganses bleues et jaunes, le rôle de CCG consistait en la responsabilité des trois classes composant sa promotion, à savoir les Latin-Math, les Scientifiques A et les Scientifiques B.
Cette dernière classe était composée de « moins matheux », destinés à priori pour la Division Toutes Armes de l’ERM.
C’est là que nous étions Daniel et moi.
Nous portions sur le col les célèbres coins de l’armée belge.
Les nôtres étaient bleu artillerie, avec un liseré rouge marquant le coin supérieur.
Une simple palme indiquait que le cadet avait une moyenne inférieure à 14/20, les doubles palmes étaient données
à partir de 14/20 et les doubles palmes d’argent, plus de 16/20.
Je dois avouer simplement que j’ai eu du mal a garder les simples palmes…
Par contre, nous avons eu la chance de rencontrer des professeurs hors du commun dont un que vous connaissez certainement.
Un certain Maurice Grévisse qui a écrit 81 ouvrages dont les fameux Précis de grammaire française, le bon usage
du français
, etc…
Tous les déplacements se faisaient en peloton et en drill.
Nous nous en amusions et pratiquions avec un grand succès les « obliques à droite », « demi-tours en marchant », etc.
En 2009, plus aucuns militaires ne pratiquait ces figures, parait-il désuètes…mais surtout très difficiles.
Pour le sport, chaque année se déroulait à Lierre (Lier), un challenge d’athlétisme entre cadets des différentes divisions.
Pour y participer, il fallait être très régulier et surtout parmi les meilleurs sportifs de la division.
Personnellement, j’avais couru le 1200 mètres en 3’37’’ mais je n’ai pas été sélectionné car Alain Verschelde avait montré plus de régularité que moi avec un chronomètre de 3’42’’ presque constant.
Ce fut toujours un de mes plus grands regrets.
Aujourd’hui cette période est loin derrière moi, mais il m’arrive souvent d’y penser.
Si j’ai oublié quelques noms et prénoms, je me rappelle parfaitement tous les visages des copains de promotion.
Je les revois en pensée dans certains moments difficiles, lors de grandes joies et aussi durant nos exercices militaires
ou nos sauts en parachute à Schaffen.
Il y a de cela 36 ans déjà, bientôt 37…
Je n’ai aucun regret, que du contraire, l’enseignement, les exercices, cet apprentissage de la vie de groupe
et nos premières expériences militaires dans la neige et le froid, tout était calculé par de grands chefs compétents
afin de nous éduquer au mieux et de nous pousser en avant, nous qui avions comme ambition de devenir officier.

C’est toujours avec un petit pincement au cœur que je me rappelle « quand j’étais Cadet ! »
Enfin, je voudrais remercier les responsables de la Société Royale des Anciens Enfants de Troupe, Pupilles, Cadets et Interforces de l’Armée, qui m’ont permis de retrouver les « anciens » installés dans notre entité, c’est ainsi
que j’ai pu retrouver Alain Fontaine.

Voici l’adresse du site internet de la société :
http://www.tpci-oldfellows.be/site/index.php?option=com_frontpage&Itemid=1

Pour information, dans le tableau de la page suivante, Saf. désigne l’école de Saffraanberg où se situe aujourd’hui encore l’Ecole Royale des Sous-Officiers.
Ce nom provient de la « colline du safran » car on y cultivait ces plantes au XVIIIème et XIXème siècles.

Nom Prénom Adresse Naissance Promotion Lieu
BONNET Alain 6142 Leernes 19/03/58 Cadet 1974-1975 Laeken
DELTENRE Raymond 6141 Forchies-la-Marche 22/04/30 Cadet 1946-1947 Seilles
FONTAINE Alain 6140 Fontaine-l’Evêque 24/05/58 Cadet 1973-1976 Laeken
ARCQ Alain 6140 Fontaine-l’Evêque 20/05/58 Cadet 1973-1976 Laeken
ARCQ Alain 6140 Fontaine-l’Evêque 20/05/58 C-IF 1976-1977 Laeken
STRAGIER Pierre 6141 Forchies-la-Marche Pupille-Cadet 1938-1940 Saf.-Alost-Saf.
DELCOURT André 6141 Forchies-la-Marche 10/01/58 Cadet 1974-1977 Laeken

 

On également fait l’ERC

BAUVAL Daniel 6141 Forchies-la-Marche Cadet 1973-1976 Laeken
C-IF 1976-1977 Laeken
FEVRIER Claude 6140 Fontaine-l’Evêque Cadet 1952-1955 Laeken
LODEWIJCK Yvon 6140 Fontaine-l’Evêque Cadet 1953-1956 Laeken
DELMARCHE Emmanuel 6140 Fontaine-l’Evêque Cadet 1988-1991 Laeken

 

Une légende de l’Ecole Royale des Cadets
Au début de notre incorporation, nous nous demandions pourquoi nos uniformes « battle dress » n’étaient pas
de la même couleur que ceux de la Force Aérienne, ces derniers lui ressemblant fortement.
Curieux, avec quelques copains, on a posé un tas de questions, le plus souvent sans réponse jusqu’au jour où monsieur Noyen, professeur de géographie et d’histoire, ancien cadet et combattant de la seconde guerre mondiale nous a raconté qu’en 1916, la Russie qui était alors notre alliée, avait commandé pour son armée, du drap de laine bleu
afin de faire des uniformes pour des régiments de la garde impériale.
Suite à la révolution bolchévique, la commande était restée dans les stocks de l’armée belge et on avait retrouvé les rouleaux de laine
peu après le second conflit mondial.
C’est ainsi qu’ils furent destinés à vêtir les jeunes cadets.

Publicités