Epidémie de scarlatine

L’épidémie de scarlatine
de 1800 à 1803.

par Alain Arcq

 

Si la mortalité infantile fut de moins en moins importante plus l’Homme avançait dans les connaissances acquises
au cours des siècles, certaines épidémies emportèrent en peu de temps une partie importante de la population et parmi cette dernière, les enfants payèrent le tribu le plus lourd.
La scarlatine ou fièvre écarlate fut une des maladies infantiles les plus redoutées jusqu’au début du XXème siècle.
Devenue rare dans nos régions, elle affecte surtout les jeunes enfants lors des périodes hivernales ou des périodes froides et humides.
C’est une maladie bactérienne infectieuse due à un germe commun, le streptocoque ß hémolytique du groupe A.
Elle atteint principalement les enfants de 3 à 12 ans mais les adultes peuvent, tout au moins dans certaines circonstances (exemple : dans les tranchées de Verdun, de la Somme et de l’Yser en 14-18, mais aussi par manque d’hygiène), être affectés.
La diffusion de l’infection d’un individu contaminé vers un sujet sain se fait par l’intermédiaire des gouttelettes de salive (éternuement, boire au même verre, etc.).
Rappelons que nos ancêtres, aux XVIIIème et XIXème siècles, n’avait pas toujours la chance de bénéficier ou de pouvoir simplement s’octroyer de bonnes conditions d’hygiène, les enfants buvaient souvent au même bol, les sols des maisons étaient, tout au moins en dehors de la ville, encore en terre battue et l’eau courante n’existait pas pour le commun
des mortels.
Il y a à peine 50 ans, je me souviens avoir encore vu de ces annexes de maison au sol de terre battue, nous étions pourtant moitié du XXème siècle.

Mais revenons à cette maladie grave.
« La scarlatine se présente sous la forme d’une angine associée à une éruption cutanée.
Après une période d’incubation de quatre à cinq jours la scarlatine se déclare par une angine accompagnée d’une forte fièvre atteignant souvent 40°C.
L’examen de la bouche révèle une arrière gorge rouge et une langue enduite d’une substance blanchâtre.
24 à 48 heures après, apparaît l’éruption cutanée causée par la toxine, secrétée par le streptocoque, qui se répand
dans tout l’organisme.
Cette éruption caractéristique de la scarlatine est appelée exanthème.
Elle débute aux racines des membres puis gagne le thorax et enfin tout le corps n’épargnant que la paume des mains,
la plante des pieds et le tour de la bouche.
Il n’y a pas de boutons à proprement parlé mais des petites taches rouges écarlates se touchant presque.
Les muqueuses sont elles aussi atteintes et la langue présente un aspect framboisé. »
Il peut se créer un foyer purulent au niveau du pharynx et des amygdales (forme d’angine) et c’est le départ
de la toxi-infection.
Dans les meilleurs des cas, la maladie évolue en 2 à 3 semaines, mais elle peut se compliquer d’une néphrite (inflammation des reins).
Aujourd’hui, grâce à la pénicilline, aux différents antibiotiques et au paracétamol, la scarlatine est rarement dite
« à complication » et encore moins mortelle.
Pourtant, en 2006, une petite épidémie se déclarait dans une petite école du Condroz, en mai 2008, elle emportait
un petit garçon dans la commune d’Andrimont.
La même année, trois cas étaient diagnostiqués à l’école Sainte-Thérèse d’Anderlues, en 2010 quatre cas
à Avernas-le-Bauduin (Hannut).
En bref, si on la soigne mieux qu’avant, elle n’est pas disparue de nos contrées et l’afflux de populations étrangères n’arrange rien (personnes non immunisées naturellement).
En faisant des recherches dans les archives de l’Etat Civil de la commune de Fontaine-l’Evêque, j’ai été surpris
de constater le nombre très importants, parfois plusieurs pages consécutives, d’enfants décédés jeunes, entre quelques mois et 12 ans.
Ce fait se constate dans le registre des décès en date de la seconde moitié de l’an IX de la République Française, Une
et Indivisible,
à savoir à partir de 1800-1801.
Les annales du Hainaut parlent de l’épidémie de scarlatine qui sévit en Hainaut de 1801 à 1803.
Le Hainaut français, c’est-à-dire une partie du département du Nord, est frappé en même temps que nous et pour mémoire, Liège (département de l’Ourthe) subira cette épidémie en 1805.
A cette époque, on essaye de la soigner avec de la belladone(*) (un demi grain à deux grains suivant l’âge, mélangé(s) avec du sucre) et des décoctions pour faire retomber la fièvre.
La plus connue reste celle d’écorce de saule (acide salicylique que nous transformerons en aspirine), outre sa compétence pour la fièvre, cette dernière a l’avantage de diminuer les douleurs aux articulations et à la tête.
Enfin, avant de juger de la gravité de ces épidémies, il faut également rappeler, une fois de plus, que les conditions d’hygiène et d’alimentation ne sont guère comparables avec celles que nous connaissons aujourd’hui.
La mortalité infantile restant en moyenne entre 1/4 et 1/7 de la mortalité générale suivant les régions, en période
non infectieuse.

(*) Propriétés reconnues à la belladone

 Relâchement des contractures musculaires (des muscles lisses) : spasmolytique.
Réduction des douleurs des coliques urinaires.
Réduction de la douleur liée au problème de vésicule biliaire.
Diminution des crises d’asthme.
Réduction des sueurs nocturnes.

Avant de commencer les énumérations, mais aussi les statistiques, il est intéressant de rappeler au lecteur que les années dites républicaines, ne correspondent pas aux années telles que nous les connaissons aujourd’hui (calendrier grégorien).
Elles commencent en vendémiaire (septembre) et se terminent en fructidor (août) suivi de cinq jours complémentaires.

Relevé des mortalités infantiles

à Fontaine-l’Évêque 

An VIII (20 décès sur 42)

Duchâteau Vincent Joseph 5 mois ½ 29 brumaire (20 novembre 1799)
Delbruyères Pétronille 17 mois 27 frimaire (18 décembre 1799)
Boutfeu Cécile 2 ans 3 pluviôse (23 janvier 1800)
Flavion Marie Thérèse 20 mois 28 pluviôse (17 février 1800)
Hocquet Marie Agnès 4 semaines 19 ventôse (10 mars 1800)
Nesse Joséphine 2 ans 19 ventôse (10 mars 1800)
Wanderpepen Victorienne Catherine 3 jours 24 ventôse (15 mars 1800)
Patinij Jean Martin 10 ans 19 germinal (9 avril 1800)
Mariage Désiré 3 ans 22 germinal (12 avril 1800)
Antoine Joséphine 2 ans 23 germinal (13 avril 1800)
Delcourt Dieudonné 5 jours 7 floréal (27 avril 1800)
Cambier Louis 20 jours 25 floréal (15 mai 1800)
Letot Auguste Désiré 8 mois 23 prairial (12 juin 1800)
Hecq Maximilien 7 ours 12 messidor (1er juillet 1800)
Christophe Hipolitte 3 ans 14 thermidor (18 août 1800)
Tison Marie Antoine 3 ans 8 fructidor (26 août 1800)
Préaut Albertine 2 mois et demi 15 fructidor (2 septembre 1800)
Arnould Angélique Ghislaine 8 ans 30 fructidor (17 septembre 1800)
Barriaut Léopold Ghislain 27 jours 30 fructidor (17 septembre 1800)
Godfroid Françoise 1 mois 30 fructidor (17 septembre 1800) 

An IX (19 décès sur 40)

Detournay Joseph Boniface 15 mois 4 vendémiaire (26 septembre 1800)
Horgnies Charlotte Odille 5 ans 20 frimaire (11 décembre 1800)
Lepage Joseph Emile 14 mois 21 frimaire (12 décembre 1800)
Clippe Adrien Joseph 2 ans 22 frimaire (13 décembre 1800)
Hublan Marie Françoise 2 mois 22 frimaire (13 décembre 1800)
Brasseur Marie Joseph 10 jours 26 frimaire (17 décembre 1800)
Adant Maurice Constant 4 mois 29 frimaire (20 décembre 1800)
Finet Pierre Joseph 18 jours 21 nivôse (11 janvier 1801)
Delmousée Martial Antoine 9 jours 7 pluviôse (27 janvier 1801)
Wansart Lambert Joseph 11 mois 13 pluviôse (2 février 1801)
Sogne Charles Louis 7 mois 29 pluviôse (18 février 1801)
Cuisset Constant Armand 40 jours 8 germinal (29 mars 1801)
Lagneau Philippe 5 ans 12 prairial (1er juin 1801)
Houssière Zière 5 ans 13 thermidor (1er août 1801)
Fossart Félix François Joseph 24 jours 20 thermidor (8 août 1801)
Leroi Virginie 9 jours 22 thermidor (10 août 1801)
Marcelle Dieudonné Joseph 1 jour 13 fructidor (31 août 1801)
Debain Jean Baptiste 4 ans 16 fructidor (3 septembre 1801)
Bellère Marie Catherine 4 ans 20 fructidor (7 septembre 1801)

An X (36 décès sur 78)

Montigni Marie Joseph Emilie 4 ans 21 brumaire (12 novembre 1801)
Antoine Virginie Joseph 4 jours 13 frimaire (4 décembre 1801)
Fontaine Marie Adrienne Joseph 8 ans 25 frimaire (16 décembre 1801)
Debauve Ferdinande 21 jours 1er nivôse (22 décembre 1801)
Fontaine Jean Joseph 3 ans 3 nivôse (24 décembre 1801)
Rose Charles Louis Hubert 5 ans 4 nivôse (25 décembre 1801)
Falaux Marie Thérèse Désirée 4 mois 24 nivôse (14 janvier 1802)
Fontaine Marie Rose Joseph 11 mois 30 nivôse (22 janvier 1802)
Hecq Fernande Joseph 4 ans 10 pluviôse (30 janvier 1802)
Brasseur Marie Joseph 2 mois 10 pluviôse (30 janvier 1802)
Seutin Emanuel Elie Joseph 24 jours 10 pluviôse (30 janvier 1802)
Seutin Hermand Joseph 28 jours 11 pluviôse (31 janvier 1802)
Carrière Jeanne Virginie Joseph 14 pluviôse (3 février 1802)
Delmouzée Florent 3 ans 17 pluviôse (6 février 1802)
Frère Nicolas 3 ans 17 pluviôse (6 février 1802)
Lefrancq Joséphine 12 ans 25 pluviôse (14 février 1802)
Hanique André 7 ans 30 pluviôse (19 février 1802)
Loiseau Antoinette Marie 17 mois 1er ventôse (20 février 1802)
François Adélaïde Joséphine 8 ans 13 ventôse (4 mars 1802)
Miche Adélaïde F… 7 ans 13 ventôse (4 mars 1802)
Josse Jean Baptiste 3 ans 15 ventôse (6 mars 1802)
Hecq Pierre Joseph 11 ans 29 ventôse (20 mars 1802)
Hecq Bernard Joseph 2 ans 6 germinal (27 mars 1802)
Thomas Véronique 2 ans 9 germinal (30 mars 1802)
Huart Jeanne Virginie 10 mois 21 germinal (11 avril 1802)
Ferronnier Auguste 8 ans 26 germinal (16 avril 1802)
Antoine Dieudonné 6 semaines 27 germinal (17 avril 1802)
Delcourt Marie Antoine 16 mois 2 prairial (22 mai 1802)
Forestier Charlotte 18 mois 19 prairial (8 juin 1802)
Leroi Catherine Joseph 4 ans 22 prairial (11 juin 1802)
Fontaine Philippe Albert 4 ans 9 messidor (28 juin 1802)
Bienfait Michel Joseph 14 ans 9 messidor (28 juin 1802)
Dechamps Désiré Joseph 1 an 12 thermidor (31 juillet 1802)
Josse Félicité Joseph 16 mois 1er fructidor (19 août 1802)
Beghin Marie Françoise 4 ans 18 fructidor (5 septembre 1802)
Goffin Marie Rose 25 mois 3e jr. complémentaire (20 septembre 1802)
Cette année, notons les familles Fontaine, Hecq et Seutin qui furent particulièrement touchées et subirent respectivement les décès de 4, 3 et 2 enfants.

An XI (18 décès sur 55)

Flavion Urbin Joseph 9 ans 1er vendémiaire (23 septembre 1802)
Cordier Norbert Xavier 3 ans 16 vendémiaire (8 octobre 1802)
Masson Marie Antoine 6 mois 2 brumaire (24 octobre 1802)
Sohier Constance Joseph 1 an 14 brumaire (5 novembre 1802)
Hubl(e)au François Auguste 4 an 24 brumaire (15 novembre 1802)
Preaux Amélie Joseph 2 ans 25 brumaire (16 novembre 1802)
Beaudoux Joséphine 3 ans 8 frimaire (29 novembre 1802)
Remy Alexandre Joseph 3 ans 9 frimaire (30 novembre 1802)
Carlier Hypolite Marie 6 mois 20 pluviôse (9 février 1803)
Hecq Philippe Joseph 2 jours 24 pluviôse (13 février 1803)
Marcelle Marie Catherine 4 ans 9 germinal (30 mars 1803)
Detournay Marie Françoise 1 an 10 germinal (31 mars 1803)
Queriat Dieudonné Joseph 2 mois 14 germinal (4 avril 1803)
Fayt Baudouin Hubert Joseph 4 ans 15 floréal (5 mai 1803)
Hanus Jean Baptiste 10 ans 17 prairial (6 juin 1803)
Houssière Pierre Joseph 5 jours 7 fructidor (25 août 1803)
Patigni Augustin Thomas 6 jours 16 fructidor (3 septembre 1803)
Blampain Françoise 19 mois 5ème jr. complémentaire (22 septembre 1803)

An XII (15 décès sur 57)

Antoine Charles 9 ans 18 vendémiaire (11 octobre 1803)
Fayt Lucien Joseph 6 mois 24 brumaire (16 novembre 1803)
Valentin Jean Baptiste 5 ans 1er frimaire (23 novembre 1803)
Seutin Marie Augustine Caroline 18 mois 11 frimaire (3 décembre 1803)
Tison Zeline Joseph 5 jours 14 frimaire (6 décembre 1803)
Tellier Marie Adrienne 17 mois 7 nivôse (29 décembre 1803)
Finet Pierre joseph 5 jours 10 nivôse (1er janvier 1804)
Sogne Dieudonnée Marie Anne 1 mois 4 jrs 27 pluviôse (17 février 1804)
Dendalle Jean Baptiste Joseph 2 jours 15 ventôse (6 mars 1804)
Conreur Leopold Leon Armand 14 jours 9 germinal (30 mars 1804)
Caulier Joséphine 11 ans 10 germinal (31 mars 1804)
Josse Alexandre17 mois 11 germinal (1er avril 1804)
Didat Alexandrine 10 ans 5 prairial (25 mai 1804)
Sadin Hubert Félix Joseph 8 mois 8 thermidor (27 juillet 1804)
Mors Catherine Joseph 9 jours 25 thermidor (13 août 1804)
Si nous classons ces décès par année, nous obtenons (nombre d’enfants décédés / nombre de décès de l’année et statistique) :
—                1800 : 25                 1801 : 18                 1802 : 38                 1803 : 16
Autre classement par année républicaine : premier chiffre décès infantiles, second chiffre, décès totaux.
               An VII : 20 / 55                 An VIII : 20 / 42                 An IX : 19 / 40
                     36,36 %                           47,61 %                               47,50 %
               An X : 36 / 78                    An XI : 18 / 55                     An XII : 15 /57
—                      46,15 %                           32,73 %                              26,32 %

Les pics de l’épidémie se trouvent en 1800 et 1802, spécialement aux mois froids et humides.
Toutes les conditions requises pour attraper la scarlatine !
Si la population de l’entité (3 communes) de Fontaine-l’Evêque se montait, en date du 1er janvier 2007 à 16 754 habitants, elle n’était que d’environ 4 500 pour la ville seule en 1830.
Nous pouvons estimer qu’entre 1800 et 1804, la ville comptait près de 3 500 âmes.
Une centaine d’enfants en quatre ans, reste malgré tout un chiffre fort, qui nous semblerait impensable aujourd’hui !
Notons malgré tout que la mortalité infantile, calculée sur six années républicaines, oscille de 26,32 % à 47,61 % par rapport aux décès de la population étudiée.

Sources

  • Encyclopédie médicale Larousse 2001.
  • Dernière Heure 15 mai 2008 – A. Vbb.
  • La Libre.be 15 mai 2008 – L.D.
  • Archives de l’Etat Civil de Fontaine-l’Évêque (registre des décès).

Données INS 2005, Graphie ULB-IGEAT. Données INS 2005, Graphie ULB-IGEAT.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Extrait revue N° 23

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