Le gaz d’éclairage

 

Le gaz d’éclairage
et la commune de
Forchies-la-Marche 1909 à 1913

Par Alain Arcq

 

Lors du dernier jogging organisé
à Forchies-le-Marche, en ce mois
d’avril 2007, j’ai été intrigué
par une décoration en fer forgé
qui ornait encore une façade
au n° 60 de la rue des Prisonniers.
Le propriétaire, dans sa grande gentillesse,
m’a expliqué qu’il s’agissait d’un pied
de lanterne à gaz pour l’éclairage public,
malheureusement cassé par un engin
de chantier, voici une dizaine d’années,
lors de la réfection de la route.

 

Il n’en fallait pas plus pour déclencher le réflexe de l’amateur d’Histoire et commencer les recherches.
Avec beaucoup d’attention, je me suis mis à parcourir les rues de Forchies-la-Marche, et, à ma grande surprises,
j’ai découvert d’autres reliques… les archives communales feraient bientôt le reste pour étancher ma soif de l’inconnu.
Le site internet d’Electrabel donne quelques précisions quant à ce gaz :
« Le gaz manufacturé alimentait autrefois les réseaux urbains. Pour cette raison, il était appelé « gaz de ville ».
Il était produit dans des usines à gaz par distillation de houille ou de produits pétroliers, ou lors de la fabrication
de coke. Il contenait du monoxyde de carbone, très toxique. »
Ce gaz se compose essentiellement de méthane dont la formule chimique est CH4.
Les registres de Forchies-la-Marche, intitulés « Main courante de 1909 à 1913 » nous apportent encore quelques précisions quant à cette entité.
Ils montrent clairement que cette commune développe son réseau de gaz durant cette période.


En date du 14 avril 1909, nous pouvons lire dans le procès-verbal du Collège :
« 1° Le Collège décide de demander à M. Riquez quelques modifications au bâtiment de l’usine à gaz notamment
la construction d’une cave de l’habitation du gazier et une seconde place au rez-de-chaussée pour cette habitation,
le magasin à charbon serait construit en dehors du bâtiment principal comme annexe. »
Ce texte a le mérite de porter à notre connaissance l’existence d’une usine à gaz sur le territoire de la commune.
Le 9 janvier 1910, le Collège décide l’installation de nouvelles lampes aux endroits suivants :

a) Rue des Communes, en face de la pompe communale.
b) Nouvelle Place, maison Lonquart et Lebeau
c) Rue Grande Communication entre le Bureau des Postes et la Brasserie Lombard
d) Place Communale, demander à cet effet l’avis de M. Jumère
e) Rue Dassonville – ajourner
f) Place de la Stature – idem

Restant dans l’éclairage, en date du 18 janvier, les dossiers révèlent une lettre de M. Quaivière au sujet du devis
de l’installation à faire à la Maison Communale pour l’éclairage au gaz.
Il déclare se désister pour ce travail.

 

 

 

Même si ce fut ultérieur à la date citée,
la rue reçut son éclairage, comme en témoigne
la relique de pied sur la photo ci-jointe

 

 

 

Séance du 21 janvier 1910.
« M. Dignieffe Henri, directeur de la société « Le Gaz Riche », assiste à la séance.
Le contrat intervenu entre le collège et la société « Le Gaz Riche » est discuté notamment en ce qui concerne les frais
d’allumage des lanternes.
Quoiqu’au terme du contrat ces frais devront être à charge de la commune, Monsieur Dignieffe admet d’intervenir
pour une partie et pour une quantité qu’il fera connaître ultérieurement.
Les allumeurs seraient nommés par la commune.
Le Collège fait remarquer que le repavage des rues ainsi que l’endroit où les canalisations ont été placées, laisse à désirer.
Monsieur Dignieffe fait remarquer que les frais de repavage sont à charge de la « Compagnie Wilsin » :
il demande que le Collège lui adresse une réclamation à ce sujet. Il se chargera de la transmettre à la compagnie
responsable. »
Décidément, tout le monde est bien près de ses sous….
A la séance du 9 février 1910, nous apprenons que le Collège a reçu une lettre de Monsieur Vogels au sujet du déplacement
de la lanterne située à proximité de sa demeure.
Le Collège décide que la société sera invitée à faire le déplacement de cette lanterne ainsi que celle située près
de la maison de Alphonse Dumonceau.
Toujours à cette même date, le Président de la Fabrique d’Eglise sollicite le placement, aux frais de la commune,
de l’éclairage au gaz dans l’église…
Tout s’enchaîne mais le Collège se réserve sur la question, proposant à la « Fabrique d’église » de faire quelques économies.


Le 14 février, le Collège donne son approbation au contrat pour le « reliement » des particuliers à la canalisation du gaz.
Et la vie de la commune continue, avec toujours le gaz en point de vue.
On peut constater que Monsieur Dignieffe, directeur de la société « Le Gaz Riche », participe à toutes les réunions
du Collège ou presque, telle celle de ce 19 février 1910 ou monsieur Philibert Ducène, voisin du terrain
« sur lequel est installée l’usine à gaz sollicite l’autorisation de placer à ses frais, à la limite séparant les deux propriétés,
une haie en épines qui sera mitoyenne et de relier les plantes à la clôture métallique qui a été placée aux frais
de la société
. »
Le 23 février, pour revenir à la demande du « Conseil de la Fabrique d’église », le collège prend la décision de faire réviser
l’article 3 du contrat comme suit :
« Le raccordement du bâtiment se fera moyennant paiement d’un droit de 2 francs par mètre courant de tuyaux.
Les fouilles pour le placement des raccords, le dépavage et le repavage se feront par les soins de la commune;
l’assemblage se fera par l’agent préposé aux raccords.
Il découle de la discussion que le prix de revient des tuyaux d’un pouce placés à l’extérieur des bâtiments revient de
1 franc 70 à 2 francs le mètre courant.
Une lettre sera écrite à Monsieur Dignieffe pour l’inviter à reposer le pavage aux endroits défectueux. »
Mais reste aussi à assurer le fonctionnement de ce réseau, c’est pourquoi, en date du 31 mars 1911, le Collège décide
« de faire procéder à d’adjudication de l’allumage des lanternes d’éclairage. »
Ensuite la vie de la commune suit son cours… sans plus parler de gaz jusqu’à cette réunion du collège le 14 juin 1911.
Tout le monde est présent, y compris Monsieur Blockdorf, ingénieur à la « Compagnie Nationale d’Eclairage ».
« 1er Examen de la question de l’Eclairage public. M. Blockdorf rappelle les conditions que la société a faites dans la lettre

du 30 mars dernier.
Il donne lecture de cette lettre.
Après discussion entre M. Blockdorf et les membres du Collège on se met d’accord sur les conditions suivantes
qui devront être ratifiées et par le Conseil d’Administration de la compagnie d’une part, et le Conseil Communal
d’autre part.

Ces conditions sont :
La Compagnie exploiterait l’usine à gaz pour son propre compte pour une durée de 30 ans aux conditions suivantes.
1er Le nombre d’heures est fixé à 900 par an et par bec.
2ème L’allumage sera fait aux frais de la commune ; la Compagnie interviendra pour la somme de 20 francs par mois

pour les lanternes existant actuellement soit 132.
Si ce nombre est augmenté, la Compagnie interviendra proportionnellement dans les frais d’allumage des lanternes
supplémentaires ; les allumeurs seront nommés par la commune.

3ème Les raccordements à la canalisation se feront par et aux frais de la Compagnie : terrassement et repavage compris.
4ème La commune rembourserait aux particuliers qui sont raccordés actuellement la somme de 10 francs qu’ils ont versée
pour prix de ce raccordement.
5ème Les lanternes seront la propriété de la Compagnie qui se chargera de leur entretien et de leur remplacement éventuel.
6ème Les modifications à apporter au contrat sont :

a) 1 centime ½ par bec-heure avec 900 heures minimum par an.
b) Réduction à 1 centime ¼ lorsque le chiffre de 2000 heures sera atteint et 1 centime lorsque le chiffre de 4000 heures sera atteint.

7 ème Le prix du gaz pour les particuliers serait fixé comme suit :

a) Eclairage avec compteur : 0,60 le m3
b) Chauffage et force motrice avec compteur séparé : 0,40 le m3
c) Chauffage et éclairage par 1 seul compteur : 0,55 le m3 »
Mais les habitants n’hésitent pas à demander des interventions ou des réparations par le biais de la commune,
comme en ce 2 septembre 1911.

 

 

 

 

« 1er. Communication d’une lettre de M. Dupaix demandant l’intervention de la commune
dans les frais de canalisation du gaz en face
de sa demeure.
Le collège décide que cette lettre sera communiquée à la compagnie en lui faisant observer que la commune ne peut intervenir dans les frais
de canalisation dans le but de ne pas créer
de précédent et comme compensation
la commune s’engagera à faire placer deux lampes en plus pour l’éclairage public : l’une en face de la gare, l’autre le long du chemin donnant à la maison de M. Dupaix. »

 

 

 

 

 

 

En date du 16 septembre, c’est au tour du Collège à se plaindre des travaux de la compagnie.
« 4 ème. La Compagnie d’Eclairage sera invitée à réfectionner le pavage qui est détérioré à la suite des recherches
des fuites de gaz. »
Le 20 septembre 1911, le Collège est explicite quant aux soumissions salaires des allumeurs ; chacun sera rétribué
suivant son travail :
« 4 ème. Les allumeurs devront donner le nombre de lanternes qui se trouvent dans leur service d’allumage respectif. »
Et le 30 septembre, on revient sur le sujet qui doit se régler, semble-t-il, au plus vite :
« Les allumeurs devront donner le nombre des lanternes qui se trouvent dans leur service d’allumage respectif. »
Enfin, après attente des soumissions, le collège décide, en date du 7 octobre 1911 le montant alloué aux allumeurs :
« 3 ème. Le Collège fixe à 1 franc par jour la rémunération à accorder à Joseph Henrolin et Joseph Wilmet
pour l’allumage des réverbères et à 1 franc 40 pour Jules Deconninck.
»
L’extension de l’éclairage public, ainsi que l’accès au gaz par les privés, oblige à revoir les contrats fixés précédemment.
En séance du 21 octobre 1911, le collège en atteste :
« 1er. Le Collège décide qu’il y a lieu de rappeler à M. De Brockder de fournir un nouveau contrat pour l’Eclairage
d’après les modifications admises dans la dernière séance du Conseil. »
Même la « Fabrique d’église » s’y met :
« 3 ème. Communication d’une lettre de la Fabrique d’Eglise demandant l’autorisation de faire placer le gaz à l’église.
Cette lettre sera transmise à la Compagnie avec un avis favorable du Collège. »
Il faut cependant faire des économies car les budgets de la commune ne sont pas élevés.
A cette époque, où l’homme connaît encore les valeurs de la nature, c’est l’occasion de se servir d’un autre moyen
d’éclairage, mais celui-là naturel : la lune.
11 novembre 1911.
« Le Collège décide : Les lampes devant servir à l’allumage, nous disons à l’éclairage public, cesseront d’être allumées
2 jours avant la pleine lune et 2 jours après.
Le tableau des heures d’allumage sera imprimé et mis à la disposition des allumeurs qui devront s’y conformer
tant aux heures d’allumage et d’extinction qu’aux jours de chômage. »
Le 23 novembre 1911, le collège manifeste encore une fois sa désapprobation quant aux normes des travaux exécutés
en sous-traitance.
« 7  ème. Une lettre sera écrite à la Compagnie d’Eclairage pour l’inviter à ne plus payer l’entrepreneur de pavage avant que le travail ne soit reçu par le Collège : le travail est exécuté en dépit du bon sens. »

La commune se montre regardante et près de ses sous…
En date du 7 février 1912, nous pouvons lire :
« Communication des factures de la société du gaz.
Ces factures seront vérifiées d’après les notes des allumeurs et du rapport de ceux-ci concernant les lanternes
qui ne fonctionneraient pas. »
Soyons écolo avant l’heure, comme nos concitoyens.
On peut deviner que traiter la houille pour en extraire le gaz de ville est un cycle polluant, même dans une société
industrialisée comme le bassin de Charleroi.
Pourtant, les gens commencent à se plaindre et passent, pour cela, par leur autorité communale, comme le confirme
ce procès-verbal en date du 15 juin 1912.
« 2 ème. Communication d’une lettre d’un groupe d’habitants du Congo au sujet des fumées qui se dégagent de l’usine
à gaz.
Cette lettre sera transmise à M. Le Directeur pour observations et avis. »
Mais les plaintes continuent.
En sa réunion du 28 janvier 1913, le Collège décide :
« 12 ème. Une lettre sera transmise au Directeur de l’usine à gaz pour lui faire part des plaintes générales qui se produisent
au sujet de l’intensité de la lumière. »

La relique la plus complète existant encore
à Forchies-la-Marche en ce 30 avril 2007

Sources :

J.A.S. Parée, Bourgmestre de Fontaine, « Histoire de la Ville de Fontaine-l’Evêque », Ed. Ville de Fontaine-l’Evêque, imprimé chez Mal-Nefve, Pont-à-Celles.
M. Mairiaux, Fontaine-l’Evêque, « Ville de Wallonie », Ed. Ville de Fontaine-l’Evêque, 1999.
R. Poliart, « Mémoires en Images, Fontaine-l’Evêque », Ed. Alan Sutton, 1999, p.34 carte postale supérieure
– Site Electrabel : http://www.electrabel.be/corporate/aboutelectrabel/flash/history_corp_fr.swf
– Registres de Forchies-la-Marche, intitulés « Main courante de 1909 à 1913 »

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