Service Militaire Obligatoire

Souvenir
du Service Militaire Obligatoire

par Alain Arcq

Dans la presse de ce mois d’avril 2009, nous voyons apparaître quelques timides articles qui, bien qu’attentionnés, laissent quelques lacunes sur ce « bon vieux service militaire ».
La première omission est le terme qualificatif d’ « obligatoire ».
Certes, dans notre jeune Belgique des années 1830, nous avions déjà un service militaire, similaire à celui hérité
de la France, et de la célèbre Loi Jourdan-Delbrel, 19 fructidor an VI (5 septembre 1798).
A cette époque, et jusqu’au service militaire obligatoire, il est procédé à un tirage au sort parmi les jeunes gens de 20
à 25 ans d’un canton, pour nous celui de Fontaine-l’Evêque, et les désignés ont le plaisir de servir la Patrie durant…trois ans.
L’armée fut le facteur le plus puissant d’intégration civique.
Mais elle ne s’adressait qu’à une partie de la population : la population masculine tirée au sort (système en vigueur jusqu’en 1909).
Cependant, pour ceux qui en avaient les moyens, il existait un système de remplacement.
Le service militaire était dès lors le fait des classes les plus pauvres.
L’instruction des soldats était basée sur le sens du devoir, de l’honneur (drapeau, insignes et uniformes) et de la gloire.
L’armée tentait aussi de combattre toutes les sortes d’individualisme (régional par exemple en créant un brassage
des miliciens).
L’armée se chargeait aussi d’apprendre aux miliciens à lire, écrire et compter.
L’influence des aumôniers était double : maintenir la foi des jeunes miliciens et de développer l’idée de dévouement
à la patrie.
En 1909-1913, la Belgique vote des grandes lois militaires qui renforcent l’armée.
Le 14 décembre 1909, le Roi Léopold II signe la loi sur le service militaire obligatoire.
Il meurt trois jours plus tard. La loi sera mise en application en 1913, mais dès 1909, elle empêche l’achat d’un remplaçant et fait que l’armée belge devient « citoyenne », et commence à brasser les classes de la population.
En Belgique, une loi du 31 décembre1992 a suspendu (et non supprimé) le service militaire obligatoire pour les hommes nés à partir du 1er janvier 1975 ou pour ceux nés avant cette date mais rattachés à la même levée.
Les derniers miliciens en service seront démobilisés du jour au lendemain en 1994 sous l’égide du fameux ministre Delcroix.
Les femmes n’ont jamais été soumises aux obligations militaires en Belgique. Pourtant, en 1991, alors que j’étais officier aux Forces Belges en Allemagne (FBA), j’ai vu arriver la première fille qui avait exigé de faire son service militaire
au même titre que les hommes.
Quelques autres ont suivi mais elles ne dépassèrent guère la dizaine.
Le texte de loi de 1991 était explicite : « Tout citoyen belge et tout ressortissant d’un état membre de l’Union européenne domicilié en Belgique depuis cinq ans au moins, de sexe masculin ou féminin, peut, à sa demande et aux conditions fixées par la présente loi, être admis à accomplir un terme de service militaire volontaire actif. »

Mais ce service était aussi l’occasion pour ceux qui avaient échappé à l’enseignement d’apprendre à lire et à écrire.
Mais on se rappelle plus rarement que le service militaire a alphabétisé des milliers de jeunes.
Les illettrés suivaient un programme différent des autres, un service rendu par l’armée qui a totalement disparu en 1994, avec la suspension du service militaire obligatoire.
Ils étaient casernés durant trois mois dans une unité spéciale à Heverlee, près de Louvain.
Les professeurs étaient des officiers de réserve qui faisaient aussi leur service militaire.
A-t-on pensé depuis à un programme de substitution ?.
A 16 ans, tous les citoyens belges masculins étaient inscrits à la commune dans laquelle ils étaient domiciliés
sur le Registre de Milice.
La famille était avertie par courrier recommandé ou un pli apporté par le garde-champêtre ou l’agent de police du quartier.
Ensuite, à 18 ans (ou 19 suivant les études en cours) ils étaient de même convoqués au célèbre Petit Château à Bruxelles, pour y subir les épreuves durant les célèbres Trois Jours. Enfin, s’ils étaient « aptes au service », à 20 ans, ils entraient
à l’armée.
Ceci n’était que théorique car on pouvait demander un report d’incorporation si on était aux études.

Pour ma part, j’ai pu retrouver une partie de mes ascendants qui ont fait leur service.
Chacun a eu sa particularité comme vous allez le découvrir.
En remontant directement je commencerai par mon père Arcq Simon, né en 1929, il est naturellement de la classe 1949,
mais cette classe a une particularité : c’est la dernière classe de guerre !.
En effet, comme vous le savez probablement, si l’armistice avec l’Allemagne a bien été signé le 8 mai 1945, la signature de la paix est elle du 23 mai 1949, date de la création de la République Fédérale d’Allemagne (RFA) qui est gouvernée
par le cabinet que forme le chancelier Konrad Adenauer le 20 septembre 1949.
Papa servira dans le Corps de la Cavalerie Blindée au Groupe Chars, ses véhicules étaient les chars Sherman mais il portait encore le casque anglais.
Il fera partie des troupes d’occupation de l’Allemagne et sera stationné à ARNSBERG au 1er Régiment de Chasseurs
à Cheval.
Mon grand-père, lui aussi prénommé Simon, était de la classe 1926. A cette époque, il était au 3ème Corps de Transports
à Namur, à l’Ecole des Pupilles.
Cette école deviendra l’Ecole Royale des Cadets qui , transférée à Laeken, disparaîtra début des années 1990.
Ensuite, le trou est béant jusqu’au premier jour du jeune état belge.
On peut en déduire que les autres ont eu la chance de ne pas être tirés au sort.
Mélain Quirin a eu moins de chance : il fut convié à faire son service en 1836, au 1er Régiment de Chasseurs à Pied.

J’ai eu l’honneur et le plaisir de commander des miliciens dans diverses circonstances.
Chaque fois ce fut un plaisir et une expérience enrichissante.
A Mons, commandant le Service Territorial du Hainaut, j’avais 72 miliciens sous mes ordres.
C’était un amalgame de toutes les classes de la population allant de l’architecte à l’informaticien, en passant par le demandeur d’emploi sortant de l’école moyenne au jeune délinquant.
J’ai eu les deux frères de la famille B…R dont un a été tué par son père mais aussi, j’ai pu aider plus d’un milicien
en fermant les yeux sur les règlements, même pour certains de notre entité.
Je ne regrette pas ces décisions car je sais qu’elles étaient humainement justes et leur ont permis de ne pas perdre
leur gagne-pain.
Depuis trois ans, la Défense offre la possibilité d’accomplir un service volontaire qui placera ensuite les candidats
dans la réserve nationale.
Actuellement nous n’incorporons seulement qu’une trentaine de cadres par an (côté francophone)…
Il est à noter que ces candidats gradés de réserve sont le plus souvent envoyés par leur employeur qui leur procure ainsi une formation au leadership comme on n’en trouve pas dans le civil.
Cette réserve compte environ 20 % de femmes.

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