Taxe de mariage

La taxe de mariage

par Michel Mairiaux

S’il est fort contesté qu’il existât un droit de cuissage, hormis quelque coupables abus, il n’en est pas moins vrai
que sous l’ancien régime, une redevance était due au seigneur local pour obtenir l’autorisation de se marier.
Ce droit de mariage consistait à payer au seigneur un muid d’avoine pour chaque mariage qui se faisait au dit Fontaines.
Cette imposition était inscrite dans la charte de Wauthier II de Fontaine de 1212, recomposée par Baudouin en 1422, après sa destruction en 1408.

Sy Ly bourgeois ses fils ou filles veut marier, chou peut faire parmy payant un muid d’avoisne au stier de la ville.
Le stier était le mot wallon désignant le setier mesure de capacité valant à peu près 30 litres tandis que le muid
était une mesure de capacité pour mesurer les solides, entre autres les céréales et faisait un peu plus de 245 litres
mais la valeur du muid pouvait aussi varier selon villes, régions et matière.
Le muid valait généralement 12 setiers (1).
Cet usage persista jusqu’à la révolution française.
Pierre Masset relate une anecdote à ce sujet dans son Histoire de Marchienne-au-Pont (2).
Le baron de Mayrhoven, par son mariage avec Marie-Madeleine de la Rivière-Rombay, veuve de Michel-Luc-Camille
de Rodoan seigneur de Fontaine-l’Évêque était devenu tuteur comme parâtre (second mari de la veuve) du jeune seigneur héritier Michel-Camille-Joseph
de Rodoan jusqu’ en 1721.Le baron eut recours à une très grande fermeté pour faire respecter les droits de son protégé.
« Un certain Huchet de Marchienne-au-Pont avait épousé une fontainoise en 1717 et avait refusé de payer un muid d’avoine au seigneur de Fontaine à l’occasion de son mariage.
Je me suis marié à Fontaine, disait Guillaume Huchet, mais j’ai consommé mon mariage à Marchienne donc je ne vous dois rien.
– Je n’ai pas à mettre des gardes au pied de votre lit, répondit le baron.
– Je ne paierai pas, rétorqua Huchet.
Un procès eut lieu : l’avocat fit de nombreux reproches au plaignant.
Vous faites arrêter et emprisonner les habitants lui dit-il, vous faites afficher votre autorité des édits contraires à ceux
du souverain sur les monnaies , vous barrez les chemins publics, vous prenez les biens des particuliers, les pierres
du beffroi, vous empêchez admettre les manants comme bourgeois afin qu’ils ne puissent soutenir leurs privilèges
et pour profiter de la main morte que vous voulez lever sur les bourgeois, vous voulez les grains des manants,
vous empêchez les plus gros fermiers d’avoir des moutons et tout le monde d’avoir des pigeons, vous refusez de payer
les tailles et vous faites faire des corvées non dues aux manants ».
Pierre Masset ne nous dit pas la suite et comme il n’indique pas non plus sa référence, il n’est guère possible de tirer
une conclusion.
Toutefois, cette anecdote est tout à fait plausible (connaissant de quoi était capable le baron de Mayrhoven).
Cette petite histoire annonce en tous cas, par sa fronde, le siècle des Lumières, avec son bouillonnement de révoltes
qui éclateront fin du siècle d’abord sous le régime autrichien puis sous la révolution française.
Elle démontre à suffisance que la classe bourgeoise se révolta la première contre les privilèges que voulait maintenir
à tout prix une aristocratie déclinante.

(1) Léon Leroy, Dictionnaire de généalogie, Labor, 2OO1, p. 449
(2) Publiée en 1893, Ed. Paul Ryckmans, Malines, p. 638

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